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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 17:08

 

gouverneur de la rosée

Je viens de relire ce chef d'oeuvre qu'est "Gouverneur de la rosée". J'avais un peu peur de ne pas ressentir les mêmes émotions, puisque la dernière fois que je l'avais lu, j'étais en Haïti, c'était en 2007 ... Je vivais une autre vie, au coeur de la culture haïtienne et de cette vie "paysanne".

Je n'ai pas été déçu. C'était une plongée dans mon passé, mais aussi dans la vie haïtienne, où la question de l'eau est cruciale, où les superstitions sont tenaces, où la religion décide souvent de la vie des hommes. Un pays en construction, voire en déconstruction parfois ... Ce roman décrit à la perfection comment la fatalité est au centre de la vie des habitants des mornes. Le déboisement, les brulis, l'appauvrissement de la terre, les cyclones, les tremblements de terre, sont tout autant d'engeances qui s'accumulent et empêchent ces paysans de voir plus loin que le coucher du soleil. De quoi sera fait demain ? 

Et pour ceux qui reviennent, qui ont connu autre chose, comme Manuel, quelle difficulté de se heurter à ce fatalisme, à cette pauvreté qui sont des creuset fertiles pour les tensions ! Celui qui a de l'espoir est différent, il ramène les autres à leur condition. Et ce roman est pourtant un livre d'espoir, un livre qui fait miroiter un autre lendemain, même si celui ci a un prix ...  

Ce livre me rappelle beaucoup de scènes, de gens, de paysages que j'avais rangé dans un coin de mon esprit. Des scènes qui, sur le moment, pouvaient être anodines, mais qui prennent tout leur sens quelques années plus tard, alors que je vis dans une société occidentale où nous jetons chaque jour de quoi nourrir un pays comme Haïti, une société où les solidarités sont en train de s'effacer et où l'on court après le temps ... Mais où on oublie l'essentiel!

 

"Jacques Roumain a écrit un livre qui est peut être unique dans la littérature mondiale parce qu'il est sans réserve le livre de l'amour. Toute la vie, toute la doctrine, toute la passion de Jacques Roumain semble avoir pour dimension première l'amour." Jacques Stephen Alexis

 

 

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 17:47

...sans savoir vers quelle ONG vous tourner.

Vous trouverez ci-dessous un message d'Initiatives et Développement (ID), association qui intervient en Haïti et attire notre attention sur les moyens nécessaires pour faire face aux (re)constructions, au sens large, et aux retours de nombreuses personnes vivant à Port-au-Prince dans leur région d'origine en Haïti.

 

__________________________________________________________________________________________


Chers tous,

En lien avec l’équipe d’ID sur le terrain, celle de notre partenaire haïtien ADEMA et les mairies des trois communes du Nord d’Ouest où nous travaillons depuis 15 ans, nous souhaitons démarrer dès que possible une action de rapatriement et d’accueil des rescapés du séisme. Ceux-ci commencent en effet à quitter la capitale en grand nombre pour retourner dans leur région d’origine. Régions d’origine, qui, comme le Nord d’Ouest, n’ont pas grand chose à leur offrir.

 

Dans les trois communes du Nord d’Ouest où nous sommes présents, 3 000 personnes sont arrivées dans les dernières 48h et nous estimons à 10 000 personnes le nombre de rescapés à venir dans les 3 prochains mois. Cet afflux risque de déstabiliser un tissu socio économique déjà très fragile.

 

Les blessés ont commencé à être pris en charge par les hôpitaux de la zone, qui seront très rapidement à court de médicaments et de personnel (un chirurgien pour toute la zone). Ces personnes sont logées dans leurs familles dont nous connaissons la vulnérabilité : le Nord d’Ouest est la seconde région la plus pauvre d’Haïti, en insuffisance alimentaire chaque année. Par ailleurs, aucun de ces rescapés n’a encore reçu d’appui psychologique, pourtant impératif pour assurer une reconstruction des personnes.

 

Nous avons donc besoin de vos dons pour :

  • Faciliter le rapatriement des victimes (multiplier les convois, rechercher les personnes disparues)
  • Envoyer dès que possible du personnel médical et une assistance psychologique
  • Acheminer de l’aide alimentaire et de l’eau de toute urgence.

 

Au-delà de l’urgence, les rescapés s’installeront dans la zone durablement, vu le temps que prendra la reconstruction du pays. Il faudra scolariser les enfants, organiser des activités pour les jeunes et les adultes (chantiers d’intérêt collectif...) et accompagner ceux qui le souhaitent dans un projet d’installation.

 

Pour avoir plus de détails sur ce projet, et suivre pas à pas nos équipes et celles de nos partenaires sur le terrain, nous vous invitons à consulter régulièrement le blog commun à Entrepreneurs du Monde et Initiative Développement : blog seismeVous pourrez y faire un don en ligne.

 

Pour toutes questions, suggestions ou initiatives, n’hésitez pas à contacter Damien Jouarre : d.jouarre@id-ong.org / 0549608966.

 

Bien cordialement.

 

Caroline Vignon

 

Directrice

Responsable du pôle développement rural

Initiative Développement - www.id-ong.org
Prix 2007 de la Solidarité Internationale
ligne directe : 05 49 60 32 22

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 20:31

Au cours des dernières semaines, l’évolution de la situation sécuritaire a été contrastée. Toutefois, comme les années précédentes, il faut s’attendre à une recrudescence d’actes délictueux à l’approche des fêtes de fin d’année, recrudescence dont les prémices sont d’ores et déjà perceptibles. L’anticipation de ce phénomène a d’ailleurs conduit les autorités haïtiennes à élaborer un dispositif spécial de sécurité, à l’occasion d’une réunion tenue le 20 novembre avec les élus de la capitale et la Minustah [Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti], et dont les médias ont rendu compte.

 

NB : Des chiffres divers circulent concernant le nombre des enlèvements et assassinats à Port au Prince. Ceux qui sont communiqués ci-après correspondent à des cas avérés. S’agissant des enlèvements, les indications fournies concernent le nombre des personnes enlevées ; on donne parfois le nombre des enlèvements, qui est généralement  inférieur, car il arrive que plusieurs personnes soient enlevées ensemble. 

 

 

ENLEVEMENTS

Entre le 16 et le 25 octobre, quatre de nos compatriotes ont été victimes d’enlèvements. Tous ont été relâchés, mais l’une des femmes enlevées a subi des sévices. 

Alors que le nombre global des enlèvements recensés au cours du mois d’octobre était de 17 -des chiffres inférieurs n’avaient été enregistrés qu’en juin (14) et septembre (14 également), tandis qu’août avait marqué une légère augmentation (26)-, 21 enlèvements ont déjà été signalés entre le 1er et le 18 novembre. Et il semble que le « chiffre noir » des enlèvements non signalés, qui a toujours été élevé (on estime que le nombre réel des enlèvements est double du nombre des enlèvements rapportés), est encore supérieur à ce qu’il était dans la période précédente. Les ravisseurs, en effet, menacent les familles d’exercer, si elles préviennent la police, des violences sur les personnes kidnappées.

Comme cela avait été constaté l’an dernier, les enfants recommencent à être ciblés : ils sont 7 parmi les 21 victimes signalées en novembre (le plus jeune avait 2 ans ½).

 

SECURITE GLOBALE

La partie nord (la plus élevée) de Martissant -qui n’a jamais été pleinement sécurisée- est redevenue dangereuse. Les gangs y auraient regagné en puissance.

Dans Cité Soleil, il est sans doute prématuré de parler de reconstitution des gangs, comme l’on fait certains médias. Cela étant, de petits groupes commencent à ressortir leurs armes (très peu, comme on le sait, ont été récupérées).

Dans le bas de  Port au Prince, à plusieurs reprises en cours du mois d’octobre, de petits groupes armés ont mis à sac une partie de rue ou un pâté de maisons, rançonnant les commerçants. Trois fois au moins, des fusillades ont duré plusieurs minutes. L’intervention des forces de sécurité semble avoir donné un coup d’arrêt , même si des exactions sont toujours signalées, à ce qui était en passe de devenir dans ce quartier une inquiétante dérive.

Enfin, la zone de Pétion-Ville n’est pas épargnée et la prudence reste recommandée aussi bien à domicile que lors des déplacements, même les plus anodins.

 

ASSASSINATS

Le nombre des assassinats a fortement diminué. En effet, depuis qu’en début d’année l’ordre a été rétabli dans les quartiers autrefois dits « de non-droit », on n’enregistre plus guère de meurtres dans ces quartiers (alors que plusieurs fosses communes découvertes cet été commencent à donner une idée du nombre des meurtres qui y étaient perpétrés durant les deux années précédentes).

Mais le nombre des assassinats recensés (ceux qui avaient lieu dans les zones de non droit ne pouvaient pas l’être) demeure constant (soit 90 à 100 par mois pour Port au Prince, un nombre  annuel comparable à celui que l’on recense sur l’ensemble du territoire français).

 

 

CONCLUSION

Les interventions de la Minustah entre décembre 2006 et mars 2007 ont mis fin à une forme spécifique d’insécurité, qui procédait de l’histoire récente d’Haïti. Ces interventions ont permis une très forte amélioration de la situation sécuritaire.

Les faits exposés ci-dessus montrent toutefois que cette amélioration reste très fragile. 

L’insécurité qui subsiste est désormais comparable, en intensité, à celle qui prévaut dans la plupart des pays de la Caraïbes (étant entendu que la région est l’une des régions du monde où les problèmes de sécurité sont les plus marqués) et dans de nombreux pays d’Amérique latine.

 

Cette insécurité, conséquence d’une situation sociale marquée par une très grande pauvreté, produit d’une société qui a perdu ses repères (absence de normes), rendue possible par la faiblesse des structures étatiques, ne reculera que très progressivement, au fur et à mesure que : 

·  le redémarrage de l’économie haïtienne sera suffisamment affirmé pour créer des emplois et générer des ressources alternatives à celles qu’offrent les trafics en tout genre et la criminalité.

·  les forces répressives (police, justice) se renforceront et se professionnaliseront. 

En conséquence, l’ambassade vous invite une nouvelle fois à suivre les recommandations en matière de sécurité contenues dans la brochure qu’elle a diffusée il y a quelques mois par voie électronique (pour celles et ceux qui ne l’aurait pas reçue, une copie peut être obtenue sur simple demande par messagerie).

 

 

Ambassade de France en Haïti - 51, rue Capois - PORT-AU-PRINCE

Téléphone :  (509) 222  09 51 / 52 / 53

Télécopie : (509) 223 56 75

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12 novembre 2007 1 12 /11 /novembre /2007 12:09

Dans « Les Prédateurs », un téléfilm de Lucas Belvaux sur Canal +, Nicole Garcia incarne Eva Joly, la juge qui a instruit le dossier Elf. Télérama a organisé la rencontre des deux femmes à Oslo. Extraits de l’interview :

Télérama : Dans votre dernier livre, vous écrivez : « une France digne de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique. Ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. » Croyez-vous que la génération Sarkozy puisse se défaire d’un héritage que ni Mitterrand ni Chirac n’ont touché ? 

Éva Joly : Je pense que le film peut y contribuer. Il est temps de comprendre que le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen Orient. Une vision moderne du monde impose que nous modifiions nos rapports à l’Afrique, que les tête-à-tête Chirac-Bongo que l’on voit dans le film n’existe plus. J’espère que Nicolas Sarkozy aura envie de mener une autre politique et je le crédite d’en comprendre la nécessité, mais pour l’instant il n’a pris aucune distance avec celles de ses prédécesseurs. Continuer de soutenir des dictatures à bout de souffle, c’est pour la France se tenir hors du renouveau africain, hors de l’histoire. J’ai, néanmoins, espoir que cette situation évolue parce que les Français le veulent.

Télérama : Dans un discours devant le Medef, Nicolas Sarkozy a appelé à dépénaliser le droit des affaires, vous y êtes farouchement opposée… 

Éva Joly : Cette perspective me choque profondément. Penser qu’une amende ou une peine civile puisse remplacer la peur de la prison est illusoire. Je ne comprends pas un pays qui responsabilise pénalement ses enfants et ses aliénés et déresponsabilise son élite économique.

Télérama n°3014, du mercredi 17 octobre 2007, « Elf, une affaire, deux femmes », pp. 26-30.
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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 14:18

« Moi, ça me gêne beaucoup cette histoire de lingettes désinfectantes…

Toujours percevoir l’autre comme un sac de microbes. Toujours regarder ses ongles en lui serrant la main. Toujours se méfier. Toujours s’éloigner de la rampe. Toujours mettre ses gosses en garde.

Touche pas c’est sale.

Ôte tes mains de là.

Ne partage pas.

Ne va pas dans la rue.

Ne t’assieds pas par terre ou je t’en colle une ! 

 

Toujours se laver les mains. Toujours se laver la bouche. Toujours craindre les lieux publics. Toujours éviter les toilettes pour les dames. Toujours faire la bise sans y poser les lèvres. Toujours juger les mères à la couleur des oreilles de leurs enfants.

Toujours.

Toujours.

Toujours juger.

 

Ça ne sent pas bon du tout ce truc-là. Pas bon du tout. D’ailleurs, dans la famille de Nathalie, on a vite fait de se déboutonner au milieu des repas et de parler des Arabes.

Le père de Nathalie, il dit « les crouilles ».

Il dit : « Je paye des impôts pour que les crouilles fassent dix gamins. »

Il dit : « J’te foutrais ça dans un bateau, et je te torpillerais toute cette vermine, moi ! »

Il aime bien dire ça aussi : « La France est un pays d’assistés et de bons à rien. Les Français sont tous des cons. »

(…)

Je pense à un déjeuner en particulier… Je n’aime pas m’en souvenir…

(…)

J’ai honte en pensant à ce déjeuner. J’ai honte et je ne suis pas la seule.

(…)

J’ai honte car nous nous sommes écrasés ce jour-là.

Nous nous sommes encore écrasés. Nous n’avons pas relevé les propos de ce monsieur gras qui ne verra jamais plus loin que le bout de sa clôture électrique.

Nous ne l’avons pas contredit. Nous ne nous sommes pas levés de table. Nous avons continuer à mastiquer lentement nos choux à la crème en nous contentant de penser que ce type était un connard. En nous contentant de nous draper dans notre minuscule dignité. Pauvres de nous. Si lâches, si lâches…

 

Pourquoi sommes-nous ainsi tous les quatre ? Pourquoi les gens qui crient plus fort que les autres nous impressionnent-ils ? Pourquoi les gens agressifs nous font-ils perdre nos moyens ?

Qu’est-ce qui ne va pas chez nous ? Où s’arrête la bonne éducation et où commence la veulerie ?

 

Nous en avons souvent parlé. Nous avons souvent battu notre coulpe devant une pizza trop cuite et quelques bières. Nous n’avons besoin de personne pour nous appuyer sur la tête. Nous sommes assez grands pour la courber tout seuls et, quel que soit le nombre de cannettes vides, nous en arrivons toujours à la même conclusion. Que si nous sommes ainsi, silencieux et déterminés mais toujours impuissants face aux cons, c’est justement parce que nous n’avons pas la moindre parcelle de confiance en nous. Nous ne nous aimons pas.

Pas personnellement, j’entends.

Nous ne nous accordons pas tellement d’importance.

Pas assez pour postillonner sur le Lacoste du père Molineux. Pas assez pour croire une seconde que nos cris d’orfraie pourraient infléchir la courbe de ses pensées. Pas assez pour espérer que nos mouvements de dégoût, nos serviettes jetées sur la table et nos chaises renversées puissent changer de quelque manière que ce soit la marche du monde.

Qu’aurait-il pensé le bon docteur en nous regardant nous agiter ainsi et quitter son logis la tête haute ? Il aurait simplement saoulé sa femme toute la soirée en répétant :

« Quels petits cons. Quels petits cons. Non mais vraiment, quels petits cons… »

Pourquoi faire subir cela à cette pauvre femme ?

Qui sommes-nous pour gâcher la fête de vingt personnes ? 

 

On peut aussi dire que ce n’est pas de la lâcheté. On peut aussi admettre que c’est de la sagesse. Admettre que nous savons prendre du recul. Admettre que nous n’aimons pas mettre le pied dans la merde. Admettre que nous sommes moins bruyants que tous ces gens qui moulinent sans cesse et n’agissent nulle part.

(…)

On se rappelle aussi que tout ça, cette apparente indifférence, cette discrétion, cette faiblesse aussi, c’est la faute de nos parents.

De leur faute ou grâce à eux.

Parce que ce sont eux qui nous ont appris les livres et la musique. Ce sont eux qui nous ont parlé d’autres choses et qui nous ont forcé à voir autrement, à voir plus haut, plus loin. Mais ce sont eux aussi qui ont oublié de nous donner la confiance. Ils pensaient que ça viendraient tout seul, que nous étions un peu doués pour la vie et que les compliments0 nous gâcheraient l’ego.

Raté.

Ça n’est jamais venu.

Maintenant nous sommes là. Comme des niais. Silencieux face aux excités. Avec nos coups d’éclat manqués et notre vague envie de vomir. »  

 

Anna Gavalda, L’échappée belle, 2001, extraits pp. 25-34.
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15 septembre 2007 6 15 /09 /septembre /2007 19:18

Rentrés début août en France, on nous a BEAUCOUP parlé du temps, c'est peu de le dire !

« Quel temps pourri ! » « Y'a plus d’été ! » « De la pluie et du froid depuis le mois d'avril… » « On est directement passé à l'automne ! », etc. Moi, je m'en fichais d'avoir un peu frais après la chaleur moite, humide, parfois étouffante des Tropiques, au contraire. Et puis, on s'est même baignés sur la côte Nord de la Bretagne. Bon, d'accord, la température de l'eau ne devait pas dépasser les 17° C...

Quoi qu'il en soit, avec ou sans températures caniculaires, ce qui a interpellé mon regard « d'expatriée de retour », cet été, ce sont les champs de rumballers, ces bottes de pailles, rondes ou carrées, énormes, dans les champs ou sur les tracteurs. Allez savoir pourquoi ? 

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 19:41

13 septembre 2007. Il y a un an, nous repartions pour Haïti…

 

Et voilà, c'est fini. A l’issue de presque deux ans passés là-bas, notre mission s'est achevée. Après une visite au siège d'Inter Aide, à Versailles –occasion d'intéressants bilans-, j'ai signé le solde de tout compte, mettant fin au contrat. L'expérience en Haïti ne fut pas toujours facile, parfois difficile, assez souvent agréable, le plus souvent enrichissante. Que dire de plus ? Aujourd’hui, je ne vois pas trop…

Nous voici donc de retour en France, de nouveau à la recherche d’un emploi. La Bretagne ou Paris ? La France ou l'étranger ? Autant de questions auxquelles il nous faudra répondre dans les semaines qui viennent. Pour l’instant, les offres d’emploi que nous trouvons concernent quasi-exclusivement des postes en région parisienne.

Mais croyons que "rien n'est fini, tout commence" :) !

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 19:06
"Swivi lakay" : un des volets du programme santé développé par Inter Aide dans les Cahos. Il s'adresse aux enfants qui souffrent de mal-nutrition et à leur famille.
Tous les mardis matins, sous la tonnelle du bureau à Pérodin, enfants et parents se réunissent pour une matinée de sensibilisation et de suivi des plus jeunes.

La séance est orchestrée par Estélus, coordonnateur de l'action (sur la photo ci-contre, il est accompagné de Carole, auxiliaire). Il commence par faire l'appel.

Puis, suit la prière -rituel respecté pour toute réunion- et la présentation des intervenants.
Les sujets abordés la semaine précédente sont rappelés. Cette fois-là : une fille de 14, 15 ou 16 ans ne doit pas tomber enceinte, une femme de 35 ans passés ne doit plus avoir d'enfants : la grossesse la fatiguerait trop, elle risquerait de perdre trop de sang.

Puis, le thème du jour est présenté : l'importance de la vaccination. Pour informer sur le sujet, la méthode utilisée se base sur une chanson que, tous, nous devons apprendre. On répète d'abord les paroles sans chanter :
" Mene timoun yo ale prann vaksen
Kont maladi kap fè anpil ravaj
Mene timoun yo ale prann vaksen
San pèdi tan pou yo pa mouri. "

(Allez faire vacciner les enfants / Contre les maladies qui peuvent faire beaucoup de mal / Allez faire vacciner les enfants / Ne perdez pas de temps pour qu'ils ne meurent pas.)
La chanson est composée de cinq paragraphes, par exemple : Certains adultes font preuve de négligence / Lorsqu'un enfant est malade / Ils ne le conduisent pas chez le médecin / Ils ne le font pas vacciner, ils le laissent mourir. Ou encore : Il y a des vaccins contre le tétanos / Il y a des vaccins contre la rougeole / Il faut que nous nous fassions vacciner contre ces maladies / Pour ne pas dire que c'est le diable qui va nous manger.

Le  coordonnateur explique les paroles de la chanson et comment se transmettent les maladies. Il précise : la coqueluche s'appelle ainsi car l'enfant atteint fait le bruit du coq ; pour éviter d'attraper le tétanos lors d'un accouchement, la matrone doit trancher le cordon ombilical avec une lame de rasoir propre, neuve.
L'animateur fait parler les parents, pose des questions. Certains suivent et répondent.

Ensuite, commence la pesée des enfants.
Il y a, ce jour-là, une trentaine d'adultes -dont sept hommes- tous accompagnés d'un bébé, et d'autres jeunes.




Pour la pesée, chaque petit est "enfilé" dans une sorte de grosse culotte bleue, avec une anse qui est accrochée à une balance, elle-même fixée à une poutre. L'animateur santé fait l'appel, la pesée se fait dans le calme. Néanmoins, quelques-uns n'apprécient guère l'exercice !




12,1 kilos ; 7,2 ; 6,3 ; 9,6 ; 5,7 ; 6,8 ; 11,5 ; 9,2 ; 8,6...

A ma gauche, un jeune garçon. Quel âge peut-il avoir ? 7 ans ? 10 ans ? Je lui pose la question, il ne sait pas. Dans ses bras, une petite fille dort. Ses bras et ses jambes sont très maigres.

Certains enfants, non encore suivis par le programme ou qui ne sont pas venus depuis longtemps sont aussi mesurés :


Ce ne sont pas toujours les parents qui accompagnent les plus petits. Parfois, c'est un grand frère ou une grande soeur qui est présent au rendez-vous du "swivi lakay" et qui s'occupe de tout.



 

L'animateur appelle un enfant. Le parent présente une carte, sur laquelle se trouve notamment une courbe de poids. Le coordonnateur note le poids et compare avec celui de la semaine précédente : "Il n'a pas grossi depuis la semaine dernière, vous ne lui donnez pas à manger ? " Il se renseigne sur l'état de santé du bébé : "Est-il malade ? Avez-vous des médicaments ? "...

Les informations recueillies, poids et tailles des enfants, sont consignées dans le "Chemin de la santé" (chemen lasante).

 

A la fin de la matinée, les parents quittent la tonnelle et vont voir Djéril (au premier plan sur la photo ci-dessous) qui leur donne le "colis" auquel ils ont droit chaque semaine :

  • - 1 "kola" (bouteille de soda vide) d'huile,
  • - 3 godets d'alkamil = maïs et pois moulus,
  • - 1/2 godet de krikri, petits poissons séchés.

Je crois que je m'attendais à voir des enfants encore plus amagris. Certains ne sont pas bien épais quand même ! Et puis, d'autres ont les cheveux "rouges", roux, symptôme de la malnutrition. Autre signe : le fait qu'ils soient, d'une manière générale, si calmes, si placides...


En fin de séance, l'un des parents présent rapporte une histoire : un prédicateur protestant condamne le "planin" (autrement dit les modes de contraception et le contrôle des naissances) lors de son prêche dominicain. Il affirme que le "planin, c'est pêché !" Le coodonnateur santé se fâche et s'oppose à ce type de discours qui peut avoir beaucoup d'effets sur les fidèles et être ainsi la cause de nombreuses naissances rapprochées. Il précise qu'il est lui-même protestant, que miss Carole aussi !


Mano, Isa, chers responsables du programme santé, n'hésitez pas à compléter, corriger, réagir...

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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 17:02

La baie de Labadie, ainsi que le village du même nom, est située au nord d'Haïti, à une quinzaine de kilomètres de Cap-Haïtien. C'est un endroit paradisaque aux eaux d'un bleu profond. Le village, essentiellement peuplé de pêcheurs, est accessible seulement par bateau.

 

 

 

Dans une petite crique, en face du village, se trouve un petit hôtel peu fréquenté. On peut y passer la journée, manger du poisson grillé ou de la langouste et se prélasser sur la plage. Si l'on désire aller visiter le village, il suffit de héler un bateau taxi.

La particularité de Labadie : les paquebots qui viennent 2 à 3 fois par semaine pour déverser un flot de touristes (2000 à 2500 par bateau), non pas dans le village, mais sur une presqu'île située en face du village.

La presqu'île, comme on peut le voir plus bas, est assez grande. Elle doit faire un kilomètre de long environ. Un petit train emmène les touristes d'un bout à l'autre, pour qu'ils puissent écumer les petites boutiques, se faire tresser les cheveux, profiter des jeux d'eau, etc. Mais, ils n'ont surtout pas le droit de franchir le périmètre de sécurité et sont tout le temps "encadrés" lors de leurs sorties en embarcation (kayack, jet-ski,...). Il paraît que la compagnie maritime leur dit qu'ils sont en République Dominicaine afin de ne pas effrayer les clients.

Cela présente quelques avantages pour le village de Labadie puisqu'il bénéficie des aspects positifs du tourisme (entrée importante d'argent, emploi,...) et souffre peu des inconvénients (tourisme de masse, sexuel, dégradations,...). Ainsi, il y a, dans le village, une belle école, financée par un riche canadien, un captage qui protège l'arrivée de la source, un terrain de sport.

Mais le pays d'Haïti, qui a concédé la presqu'île à la compagnie américaine pour une durée de 99 ans, ne bénéficie pas beaucoup des retombées positives. Si nos informations sont exactes, l'accord passé stipule que pour chaque touriste posant un pied sur le sol haïtien, la compagnie doit verser 10$ US à l'Etat haïtien. Un simple calcul montre que l'Etat devrait toucher environ 10x5000x52, Soit 2,5 millions de dollars US par an au moins... Qu'en est-il de cet argent ? Est-il versé ? Va t'il dans les poches de quelques personnes bien placées ? Personne ne le sait. En tout cas, les paquebots, à chaque passage, ne se gênent pas pour envoyer à terre des montagnes de plateaux repas vides, laissant quelques miettes de nourritures aux Haïtiens, mais surtout une quantité impressionnante de déchets non recyclables. Quand on voit l'état de l'environnement en Haïti et le peu qui est fait dans ce secteur,  je ne pense pas qu'il faille compter sur ce type de tourisme pour améliorer la situation du pays...

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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 14:50

Dans la région de Cap-Haïtien, en 1811, Henri Christophe, ancien esclave devenu premier roi noir de l'île, fait bâtir la forteresse Laferrière, une construction démesurée et délirante. Retour sur un royaume en ruines.

La brume gorgée de pluie enveloppe le morne du Bonnet-de-l'Evêque. Soudain, un coup de vent révèle la pointe nord de la citadelle, perchée sur la cime. Comme si la proue d'un vaisseau fantôme surgissait, à 1 000 mètres d'altitude. Vaisseau de pierres venu du ciel qui aurait jeté l'ancre dans cette végétation tropicale et ces parcelles de bananiers et de caféiers. A la barre : l'esprit d'Henri Christophe, ancien esclave puis général en chef de l'armée, devenu premier roi noir d'Haïti, autocouronné en 1811, jusqu'à son suicide, vingt ans plus tard.

La citadelle construite par le roi Christophe, gigantesque et mégalomaniaque ouvrage guerrier, avait d'ailleurs pour premier objectif de repousser une éventuelle nouvelle tentative d'invasion française. L'ennemi n'est jamais revenu. Et les plus de 200 canons, pointés vers les quatre coins cardinaux depuis les galeries où coule le brouillard par les meurtrières, sont restés muets pour l'éternité. Laferrière est une ville labyrinthe construite entre ciel et terre pour être inexpugnable, avec ses deux seules portes d'entrée pour ses 8 000 m2 de superficie au sol. Un dédale d'escaliers, de galeries, de cours, de cuisines, de salles de gardes, capable ­ dit-on ­ d'héberger une garnison de milliers de soldats sur six étages. Sur les toits, des réservoirs étaient prévus pour récolter l'eau de pluie et tenir en cas de siège. Des milliers d'hommes ont travaillé des années durant à monter les énormes blocs de pierre en haut du morne, «cimentés» avec un mélange de chaux et de sang de boeuf.

«Nous n'avons pas d'orgueil parce que nous n'avons pas de souvenirs, disait Henri Christophe. J'apprendrai l'orgueil à mon peuple dussé-je pour cela lui briser les reins de travail.»

 

Le petit royaume de Christophe ­ cantonné au nord d'Haïti car, à peine l'indépendance proclamée, le pays s'enfonçait dans une longue période de divisions et de troubles ­ n'est plus qu'une ombre famélique de ce qu'il fut à l'époque, territoire prospère chargé de fruits, de bois précieux et des plus riches plantations de canne à sucre et de café du monde. Cap-Haïtien ­ rebaptisé Cap-Henri évidemment ­ était alors un des ports les plus fréquentés des Amériques. Mais le roi avait transféré la capitale à Milot, aux pieds du morne du Bonnet-de-l'Evêque, aux pieds de la citadelle donc, vers l'intérieur des terres, toujours par souci d'une meilleure défense en cas d'invasion. Le monarque y fit construire un hôpital, une imprimerie, des écoles, une académie d'art, une caserne... et bien sûr son «Versailles haïtien», le palais Sans-Souci.

 

De Milot, aujourd'hui, il ne reste qu'un petit bourg poussiéreux où s'alignent pauvres maisons et cases de tôle le long des rues défoncées. Le palais Sans-Souci n'est pas mieux portant, qui a été presque rasé par un tremblement de terre en 1843. Ne restent que quelques pans de hauts murs avec leurs bas-reliefs de fausses colonnes doriques. Les sols rongés par la végétation ont été rendus aux poules, aux cabris et aux gamins de Milot. Les canaux qui descendent des monts sont encore là. Leur eau fraîche passait sous les dalles du palais en guise de climatisation. Au centre d'une immense cour est planté un caïmitier plusieurs fois centenaire sous lequel, raconte Napoléon Dupin, le roi Christophe rendait sa justice. «Il était implacable, se félicite le vieux guide, et mettait directement en prison les parents qui n'envoyaient pas leurs enfants à l'école.»

 

Au palais du roi Christophe se tenaient des fêtes qui pouvaient durer plusieurs jours et où toute la cour se devait d'être présente : le prince du Trou Dondon, le duc de la Marmelade, le comte de Limonade, ou celui de l'Acul, le baron de la Seringue... Des noms venus des lieux-dits et des plantations des campagnes environnantes. Christophe ne manquait cependant pas d'imagination et aurait aussi décerné à l'un de ses fils issu d'un adultère le titre de «duc des Variétés». «Car c'est pour varier mes plaisirs que j'ai fait infidélité à ma femme», disait-il.

«Le règne de Christophe fut une dictature dite "éclairée", avec l'ordre comme projet de société, qui s'appuyait sur une élite noire, estime l'historien Eddy Lubin, à Cap-Haïtien. Ce ne fut que la reproduction d'un système semi-féodal avec l'attribution de terres à une nouvelle noblesse issue de la haute hiérarchie militaire de l'époque.» D'une certaine manière, malgré l'indépendance conquise par les esclaves et fils d'esclaves, le petit royaume ne faisait que reproduire le schéma des «colonisateurs» blancs qui venaient d'être jetés dehors.

Comme l'immense majorité des chefs d'Etat que devait ensuite connaître Haïti, Henri Christophe, tyranneau pour les uns, visionnaire bâtisseur pour les autres, finira mal en se tirant une balle en or en pleine tempe, en octobre 1820, plutôt que d'affronter une révolte de ses sujets. Une poignée de ses derniers fidèles l'enterra à la va-vite dans la citadelle où, dit aujourd'hui une plaque grandiloquente, «seule la poussière impalpable de la dépouille tragique du monarque défunt frôle invisiblement les murs», toujours étranglés par les tentacules de la brume.

Textes de Jean-Hébert ARMENGAUD
LIBERATION.FR : Samedi 6 mai 2006 - 06:00

 

 

 

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