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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 21:14

« En Haïti, on pratique le vaudou » : phrase toute faite que nous entendons sur le pays. Si nous considérons les manifestations, les cérémonies vaudoues au sens strict, nous n’en entendons, finalement, pas beaucoup parlé. Certes, pendant le carnaval, au mois de février, des « rara », groupes de musique traditionnels et vaudous se réunissent ; certes, lors de fêtes de villages, il nous est arrivé de voir des danses vaudoues. Mais, ce n’est pas tous les jours ! Cela signifierait-il pour autant que « le vaudou » n’est pas si présent que ça ? Que nenni : il fait partie intégrante de la vie des gens, nous en faisons l’expérience presque chaque jour. Ainsi, nombre de conversations traitent de « bagay mistik », littéralement : « chose mystique ».

Laissez-moi vous conter de petites histoires…

Lorsque nous sommes revenus dans les Cahos en septembre, nous avons appris que de la magie avait été faite sur notre maison, à Pérodin. La « chose » nous a été montrée. Devant la petite pièce qui sert de chambre au gardien, à côté de la maison, avaient été déposés une corde tressée, du rapadou (sucre de canne solidifié) et un petit fouillis d’herbe séchée. L’interprétation du message fut limpide pour les initiés : l’action magique avait pour but d’engendrer la douceur et la honte. Ainsi, sans que nous puissions en jurer car l’acte n’avait pas été perpétré directement devant notre maison, « on » aurait voulu nous rendre plus « doux », plus affable peut-être, et « on » aurait voulu que nous ressentions de la honte… Or, juste avant de rentrer en France, au mois de juillet dernier, nous avons du nous séparer du gardien de la maison, soupçonné d’avoir détourné de grandes quantités de ciment. Pour les personnes ayant interprété les signes, il ne fait aucun doute qu’il y a un lien plus qu’étroit entre les deux affaires… Oui, pourquoi pas ? Pour l’anecdote, j’ai rétorqué que j’étais déjà douce ! Qui a dit que ce n’est pas vrai ?

Autre histoire : OKPK, association haïtienne partenaire d’Inter Aide –et donc avec laquelle nous travaillons- a recruté une personne au cours de l’été. Avant de signer son contrat, fin juillet, le nouveau salarié a passé une semaine au centre de formation d’OKPK, à Sterling, pour voir si le poste et les conditions de travail et de vie lui convenaient. On peut donc supposer qu’il ait dit oui en connaissance de cause… Or, début septembre, le monsieur a fait savoir à OKPK qu’il démissionnait pour cause d’un « bagay mistik » : depuis la chambre dans laquelle il dormait, il entendait des bruits dans la cour du centre, la nuit, il y avait un loup-garou, il en était sûr, il faisait des cauchemars… Malgré les tentatives de l’équipe pour le retenir, Mikado –c’est son nom- est effectivement parti, nous avons relancé le recrutement.

Dernière histoire : Fanny, une femme de notre entourage, découvre que son mari a une liaison avec une autre femme. Elle affirme alors que deux choix s’offrent à elle : partir vivre à Port-au-Prince –et rejoindre ainsi quatre de ces cinq enfants- ou faire un « bagay mistik » pour évincer l’Autre. Moi, occidentale, je lui demande si elle n’a pas essayé de discuter avec son mari… Fanny m’affirme que l’une de ses filles, âgée d’une vingtaine d’année, a déjà tenté de « faire du dialogue » avec son père mais cela n’a rien donné, discuter ne sert à rien ! Finalement, elle décide de faire appel aux service d’un « Bokò » (beau corps), sorcier vaudou. Et, ça marche ! La maîtresse de son mari a quitté la zone le lendemain de l’acte magique. A présent, Fanny, qui a déjà dépensé la moitié de sa paye (500 gourdes, soit 10 euros) pour acheter les ingrédients nécessaires à la magie, doit rémunérer le bokò. Elle lui doit au moins 1 000 gourdes. Elle juge cela tout à fait normal puisque le sort s’est avéré efficace. Elle a convenu avec le sorcier qu’elle le payerait par tranches successives jusqu’au mois de décembre. D’abord, parce qu’elle n’a pas les moyens de faire autrement. Et puis, ajoute-elle, maligne, parce que la jeune femme est partie certes mais elle pourrait revenir ! Il lui faut donc un certain temps pour s’assurer de la force et du pouvoir de la magie pratiquée…


Si le sujet vous intéresse, je vous en reparlerai : notre quotidien fourmille d’anecdotes « mistik ». Evitez, peut-être, d’y penser avant de dormir… ;-) !

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commentaires

anne 16/11/2006 23:50

Toutes ces histoires vaudou me rappellent le bouquin j'avais travaillé en socio pour mon mémoire...et je me suis toujours demandé si c'était vrai, si ça marché...Comme ça a l'air de fonctionner, il faudrait que vous nous envoyer quelques remèdes pour lutter contre certains de nos hommes politiques....A bon entendeur..