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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 20:51
Le texte ci-dessous faisait l'objet d'un mail collectif envoyé à ma mailing-list fin avril 2006, soit un peu plus de six mois après notre arrivée en Haïti...


J'aime, j'aime pas… Oubyen : ki sa m'renmen, ki sa m'pa renmen nan peyi Dayiti !


Je n'aime vraiment pas la triste nouvelle que nous avons apprise il y a quelque jours : Jacques Romulus, directeur de l'OKPK –association haïtienne pour laquelle nous travaillons même si nous demeurons salariés d'Inter Aide– a fait une hémorragie cérébrale le 12 avril. Il est aujourd'hui hospitalisé à Port-au-Prince et son état de santé s'améliore semble-t-il. Au début, l'ensemble du côté gauche de son corps était paralysé et il était inconscient. Aujourd'hui, il peut murmurer quelques mots et
bouger un peu ses membres côté gauche. Bien conscients de la gravité de la maladie, nous gardons espoir de revoir Jacques, homme formidable aussi bien professionnellement qu'humainement, en bonne santé prochainement.

Je n'aime pas du tout du tout ne pas encore avoir eu le plaisir de faire la connaissance de Gabriel, Sarah, Diminga, Marie-Lou, Maëlle tous bébés nés après le 15 octobre 2005, date de notre départ en Haïti. L'occasion pour moi de vous annoncer que David est sur le point d'être tonton d'un moment à l'autre, nous attendons la nouvelle… Je n'aime pas non plus l'idée de ne pas être là lorsque Lou-Anne, petite Lorraine, pointera le bout de son nez dans quelques semaines…

J'aime l'expérience que nous vivons, à deux, ici.

J'aime entendre les gouttes de pluie tomber sur les tôles du toit de notre maison, même si parfois c'est tellement fort qu'en n'entend plus rien d'autre ! La semaine dernière, nous avons même eu de la grêle.

J'aime ce projet communautaire qui voit des parents d'élèves, dont certains sont analphabètes, s'engager bénévolement dans la gestion de l'école de leurs enfants.

Je ne sais pas trop si j'aime marcher sous la pluie –et donc dans la boue, attention aux glissades !- mais, tout bien considéré, n'est-ce pas préférable aux marches en plein cagnard ?

Je n'aime pas trop certaines manières de faire ici en matière d'enseignement. La plupart des apprentissages étant basés sur le « par cœur », les élèves répètent et répètent et répètent jusqu'à pouvoir réciter mais sans comprendre toujours le sens de leurs propos. En outre, bien que, officiellement, le créole soit la langue d'enseignement et que le français devrait être, toujours selon les textes, enseigné comme une langue étrangère, certains enseignants s'obstinent à écrire et/ou à parler à leurs élèves en français, en faisant souvent beaucoup de fautes et sans être compris. Et puis, quoiqu'en disent les textes du Ministère de l'éducation nationale, les sujets des examens officiels sont aujourd'hui rédigés dans une seule langue, le français. Il semblerait que, dans ce domaine, on ait d'ailleurs régressé : Jacques rappelle qu'auparavant les examens étaient proposés dans les deux langues, français et créole, ce qui donnait le choix aux élèves.

La saison des pluies étant revenue, depuis début avril environ, il pleut souvent, l'après-midi. J'aime, le soir m'endormir au chant des grenouilles.

J'aime apprendre et communiquer en créole ; j'aime me dire que lorsque je quitterai Haïti, je maîtriserai à peu près une autre langue.

J'aime discuter avec Fanny, la dame qui vient de temps en temps faire un peu de ménage dans la maison de Pérodin. Elle m'en apprend chaque fois un peu plus sur la culture haïtienne, intéressante à découvrir à bien des égards. Un régal pour une ancienne étudiante en socio-anthropologie ! Et puis, Fanny fait un excellent pain !

Je n'aime pas ne pas avoir le choix de la température de l'eau pour la douche. A Port-au-Prince, il fait chaud, l'eau est froide, ça rafraîchit, jusqu'ici tout va bien. Dans les Cahos, altitude oblige, nous n'avons pas toujours très chaud et, l'eau pour la douche –eau des pluies recueillie dans une citerne à laquelle nous pompons pour avoir de l'eau au robinet– est quasiment toujours froide ! Brrr… Mais, à certaines heures de la journée, s'il y a eu du soleil, l'eau a été chauffée dans les tuyaux et nous avons le droit à une douche chaude. J'aime ! Quel luxe alors !

Je n'aime pas trop entendre les rats faire du ski ou du surf –au choix selon David- sur les tôles du toit.

Je n'aime pas qu'il y ait des crottes de rats dans la douche, à Médor, ni ailleurs dans la maison à Pérodin ! Vivement que l'on ait de nouveau un chat !

J'aime que nous vivions à présent seuls dans notre maison. En effet, lorsque nous sommes arrivés en Haïti, nous étions trois (Julien, pour le programme café, David et moi) pour remplacer deux personnes. Il était donc convenu que nous habiterions deux maisons différentes mais, les locaux n'étant pas légion dans les Cahos, il nous fallait au préalable faire construire un nouveau bureau pour remplacer l'existant qui deviendrait alors la maison de Julien (vous suivez ?). David s'est attelé au chantier de construction de ce bureau et ce ne fut pas une mince affaire ! Cela a pris environ quatre mois de plus que prévu au départ… Si bien que nous n'avons emménagé dans le nouveau bureau que ce mois-ci et que Julien a intégré ses murs il y a un peu plus d'une semaine maintenant. Nous nous entendons bien avec Julien, il n'y a pas de problème, mais cette cohabitation n'était pas toujours facile. Je crois que le problème viens surtout du fait que les choses n'aient pas été claires au départ. Il ne s'agissait pas vraiment d'une colocation à trois –avec des règles qui aurait pu la régir- mais ce n'était pas non plus comme si Julien était hébergé chez nous. Disons que nous sommes contents de retrouver un peu d'intimité et que nous apprécions de désormais retrouver le matin les toilettes dans l'état dans lequel nous les avons laissés la veille…

J'aime les mangues qui ont fait leur réapparition sur les marchés. J'aime les bananes aussi !


J'aime faire des dessins avec du vernis sur mes ongles de pied et, au passage, j'aime bien être en tongs ou sandales quasiment tous les jours…


J'aime cueillir des orchidées dans les arbres autour de la maison à Pérodin, ce n'est arrivé qu'une fois...



Je n'aime pas trop devoir négocier longuement avec des maîtres parce que les caractéristiques même du programme ne permettent pas de les rémunérer comme il faudrait. En effet, souhaitant aller vers l'autonomisation progressive des écoles, OKPK et Inter Aide ne financent pas à 100% le salaire des enseignants mais donne une subvention pour ce faire aux comités de gestion des écoles. Le reste du salaire des maîtres est payé avec l'argent des écolages, versé par les parents à chaque rentrée scolaire pour la scolarisation de leurs enfants. Ainsi, les maîtres sont mal payés et revendiquent ! Il faut dire qu'ils ont de quoi : alors que le salaire minimum quotidien fixé par l'État
est de 72 gourdes, le salaire moyen quotidien des maîtres dans les Cahos est inférieur à 68 gourdes. Par exemple, dans les zones de Médor et Pérodin, le salaire mensuel des professeurs est de 1100 à 1300 gourdes (de 22 à 26 euros environ). Faible rémunération oblige, nous devons également faire face à de grandes difficultés pour trouver des candidats pour les postes vacants. Une solution pour pallier le déficit d'enseignant, serait donc d'augmenter le salaire maîtres. Pour ce faire, difficile d'envisager une hausse de la subvention accordée par l'OKPK, ce serait revenir en arrière dans le processus d'autonomisation des écoles. Il faudrait alors augmenter le montant des écolages mais cela est-il envisageable compte tenu des difficiles conditions de vie dans les mornes et de la pauvreté d'une majorité de parents ? Néanmoins, plusieurs de mes collaborateurs soulignent qu'il y aurait,
dans les Cahos, des parents qui, envisageant la vie au jour le jour, ne voient pas la nécessité de l'éducation. Ils semblent préférer investir dans l'achat de terres, par exemple, plutôt que dans la scolarisation de leurs enfants. Une piste d'action pour nous serait alors d'accentuer le travail de sensibilisation sur les avantages et les bienfaits de l'école et ainsi viser une augmentation des effectifs sur les bancs. A suivre…

J'aime assez devoir me déchausser pour traverser des rivières lorsque nous marchons, c'est frais, c'est agréable, même si, certains cailloux font mal aux pieds et qu'il faut les remettre mouillés dans les chaussettes et les chaussures de randonnée.

J'aime le rhum (ici c'est du Barbancourt) en particulier avec du jus de chadèque, sorte de pamplemousse.

Je n'aime pas du tout les gros trous sur la route nationale qui nous secouent comme des pruniers, même si on les prend à petite vitesse ! De fait, je n'aime pas trop être secouée en voiture, que ce soit sur la route ou la piste. Je n'aime donc pas vraiment les trajets motorisés en Haïti...


J'aime me dire que je fais du sport tout en travaillant lorsque nous marchons dans les mornes haïtiennes.



J'aime voir David jouer avec Maga, notre chienne, berger malinois.
Pour être tout à fait précise, il s'agit en fait de la chienne du programme, achetée par nos prédécesseurs pour les protéger...



Je n'aime toujours pas devoir gravir les grosses pentes. Sans doute suivant la règle selon laquelle le plus court chemin pour aller d'un point A à un point B c'est la ligne droite, les chemins que nous empruntons ont parfois été tracés à flanc de colline, direct de la base au sommet ! Je croyais pourtant qu'il était préférable de faire des lacets pour se déplacer en montagne ?

J'aime l'ombre des nuages et l'air d'une petite brise lorsque nous marchons aux heures les plus chaudes de la journée. Et l'ombre des arbres me direz-vous ? Il ne faut pas trop la chercher ! Le déboisement a fait des ravages dans les Cahos, par vagues successives et pour des raisons diverses, semble-t-il, depuis l'indépendance en 1804. Jacques, directeur de l'OKPK et Haïtien, me racontait que lorsqu'il est arrivé dans la région il y a une vingtaine d'années, tout était vert, à toutes saisons, on pouvait cueillir plein de fruits dans les arbres le long des routes… Depuis, beaucoup d'arbres ont été abattus pour en faire du charbon. En effet, dans les années 1980, des cas de peste porcine ont été recensés en Haïti. La décision a alors été prise par le gouvernement de faire abattre tous les cochons alors que chaque spécimen représentait la « banque des paysans », selon l'expression ici. Julien, responsable de programme café, qui a réalisée une étude sur la couverture végétale dans les Cahos, ajoute que les États-Unis ont fait pression pour l'abattage systématique de tous les porcs, sans refaire des tests pour savoir s'il existait encore des cas de maladies. Cela coïncidait avec une période ou le porc haïtien concurrençait l'américain aux État-Unis… Je n'ai pas vérifié l'information, je vous la livre donc avec toutes les précautions d'usage. Privés d'une de leurs principales sources de revenus, les habitants des mornes ont abattu bien des arbres pour faire du charbon et ainsi subvenir à leurs besoins. Aujourd'hui, le porc a refait son apparition dans les Cahos. Printemps oblige (?), il y a pas mal de petits cochons !

J'aime le moment où l'on arrive au relais d'Inter Aide à Port-au-Prince, où l'on branche notre ordinateur portable et où l'on attend la connexion pour pouvoir consulter nos mails après plusieurs semaines sans nouvelle. Patienter le temps que l'ordinateur se mette en route, que la page Internet soit trouvée, que je puisse me connecter à ma messagerie, etc. A la fois le plaisir et la torture de l'attente ! Tu vas bien quand ça marche !

J'aime, lorsqu'on prend la route pour Port-au-Prince, le moment où nous sommes suffisamment proches de la capitale pour pouvoir capter Radio France Internationale et ainsi avoir des nouvelles du monde.

J'aime les repas pris à l'ombre sur la terrasse de la maison que nous louons avec deux autres couples à Port-au-Prince. David précise qu'il affectionne tout particulièrement les petits déjeuners, peut-être parce qu'il aime prendre son temps dans un cadre agréable le matin ?



Je n'aime pas faire de la spasmophilie. Chez moi, cela se manifeste par l'impression d'avoir une boule dans la gorge, une lourdeur sur le thorax, et cela arrive bien trop souvent à mon goût.

J'aime lire, heureusement… Le temps paraîtrait encore bien plus long sinon…

Je n'aime pas me souvenir que cela fait plus de six mois que je n'ai pas fait la fête ou du moins rien digne de ce nom !

J'aime vous écrire et lire vos lettres et mails. Attention, il semblerait que le rythme se relâche de votre côté ces dernières semaines. Le printemps vous prendrait-il tellement de temps que vous n'en avez même plus pour nous envoyer un petit mail ? Allez, on s'y met, c'est une question de santé mentale et morale pour moi !

Je n'aime pas être loin de vous, toujours pas, désespérément pas !



Tout ceci est encore vrai...

Le 17 octobre 2006, j'ajoute : j'aime Cannelle !

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commentaires

Jeannine 04/11/2006 21:25

Elle en a de la chance Cannelle !!!

Fabienne 26/10/2006 21:11

J'aime bien visiter votre blog. Il est très agréable et super bien commenté. Un vrai plaisir à lire... les photos sont très belles et les thèmes très intéressants.
Bisous à tous les 2.
Fabienne