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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
28 janvier 2006 6 28 /01 /janvier /2006 18:30

Texte issu d'un mail collectif envoyé le 28 janvier 2006

 

Chers tous,

 

J'espère que ce message vous trouvera toutes et tous en pleine forme. Merci pour vos bons vœux, je renouvelle les miens : tout plein de bonne chose à vous aussi en 2006 !
 

Que ceux d'entre vous qui auraient eu des nouvelles alarmantes en provenance d'Haïti ne s'inquiétent pas pour nous, nous allons bien. Certes, il y a des manifestations dans les rues, la semaine dernière c'était contre la Minustha (Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti) qui, selon la population, ne remplit pas son rôle. Certes il y a des enlèvements à Port-au-Prince mais, le plus souvent, ils se produisent dans des quartiers dans lesquels nous n'avons pas le droit d'aller et nous ne transgressons pas l'interdit. Et puis, à Pérodin, dans les montagnes où nous résidons la plupart du temps, le climat social est très calme. Nous avons néanmoins hâte que les élections aient lieu -elles ont été reportées une énième fois et sont prévues pour le 7 février- et espérons que cela apaisera la situation dans le pays.
 

Peut-être vous posez-vous des questions sur l'intitulé de ce message ? Nous avons effectivement un nouveau compagnon depuis 3 semaines. Il s'agit d'une petite chatte tricolore que nous avons appelé Mango, un peu sans raison au départ mais il semblerait que ce nom lui aille comme un gant car elle prend beaucoup de plaisir à grimper dans les manguiers de notre jardin. Nous avons fait le choix de prendre un chat pour tenter de faire fuir les souris de la maison. Pour l'instant, Mango en a, à notre connaissance, attrapé une et est donc à égalité avec David dans cette compétition. Avec Maga, la chienne, les débuts ont été un peu houleux mais cela semble aller mieux de jour en jour...
 

Aujourd'hui, je vais vous parlez des difficultés d'accès de notre lieu de vie et des conséquences, notamment en matière de développement. Ainsi, dans les 35 écoles soutenues par Inter-Aide dans les Cahos, un programme de construction en dur a été lancé l'année dernière, pour remplacer les tonnelles ouvertes sous lesquelles étaient auparavant dispensés les cours. L'une des conditions à la réalisation de ces projets de construction est que les communautés y participent, non pas tant financièrement mais en apportant des matériaux. Ainsi, Inter-Aide paye les artisans ainsi que le ciment, les tôles, les madriers pour la charpente, les clous, etc. si et seulement si les parents d'élèves amènent du sable, des roches et de l'eau pour la construction. Et, il leur faut parfois aller chercher bien loin ces matériaux. Beaucoup d'écoles se sont en effet implantées au sommet des mornes et les rivières qui fournissent l'eau et le sable coulent en bas des collines, évidemment ! Le transport des matériaux se fait à tête d'hommes et de femmes qui montent et descendent les montagnes avec des poids impressionnants sur les têtes. Il arrive fréquemment qu'il soit difficile de convaincre les parents de porter des matériaux pour construire les bâtiments scolaires. Nous (et plus précisément les équipes avec lesquelles nous travaillons) avons alors un grand rôle en terme de sensibilisation -de motivation comme on dit ici- sur le rôle de chacun et en particulier des parents dans une école communautaire.

Lorsque les matériaux locaux sont arrivés à destination, il faut ensuite faire monter le ciment, les tôles, etc. Ce n'est pas non plus toujours aisé car la piste est raide et il n'y a qu'un chauffeur à l'OKPK, personnage assez difficile à gérer et qui n'en fait un peu qu'à sa tête. Il est d'ailleurs sur le départ, son contrat se terminant fin janvier ne sera pas renouvelé. Nous espérons que cela se passera bien car il est colérique et fait peur à certains à Serling, village siège de l'OKPK.

Tout ça pour vous donner quelques détails sur notre vie et notre travail ici et sur l'une des conséquences de l'isolement de la zone où nous travaillons. Christian, notre responsable de Versailles, nous a appris que certains bailleurs de fonds ne soutiennent financièrement des projets que si la zone dans laquelle ils devaient être développés était accessible par la route. Ainsi, en terme de développement, il semblerait que le désenclavement d'une zone soit un facteur si ce n'est primordial, au moins essentiel !
 

Les difficultés d'accès de notre chez nous, se ressente aussi pour nous. Ainsi, hier, nous sommes partis de Sterling à 8h15. (Nous avons passé la nuit de jeudi à vendredi au centre de formation de l'OKPK, je vous raconterai plus loin ce que c'est.) Bref, voici petit résumé de notre "périple" : nous avons d'abord droit à 30 minutes de piste faite de cailloux et donc très secouante, puis, de nouveau 30 minutes de piste moins caillouteuse mais tout aussi secouante, le tout dans un nuage de poussière blanche permanent. Après, c'est le paradis car nous tombons sur une route fraîchement goudronnée et impeccable -merci l'UE : la route est un projet financer par l'Union européenne- mais cela ne dure que 15 minutes ! Ensuite, nous nous retrouvons sur la route nationale n°1 qui, nous n'en doutons pas, fut très certainement très chouette, un jour ! Aujourd'hui, les portions goudronnées a peu près convenablement succèdent aux énormes trous qui prennent la place de ce qui fut un jour la chaussée : "séance montagnes russes" garantie mais sans les lumières de la fête foraine ! Par contre, nous longeons la Côte dite des Arcadins et le paysage est très agréable (mer bleue, cocotiers, soleil...) Cela dure environ une heure avant que nous n'arrivions dans la grande banlieue de Port-au-Prince. Et alors, selon les bouchons, l'encombrement des routes, le nombre de véhicules en panne et de tap-tap (= taxis collectifs) qui s'arrêtent au milieu de la route pour embarquer et débarquer des passagers, il nous faut plus d'une heure pour arriver chez nous. Hier, ce n'était pas trop bouché : on a mis 1h15. Ce qui fait 4h15 de voyage. Quand on descend directement des Cahos, vous ajoutez 1 heure de marche pour arriver jusqu'à la voiture puis 1h30 de descente ultra pentue, en deuxième, avec de magnifiques vues sur les montagnes alentour et sur... les précipices au détour de la piste ;-) ! En tous cas, on apprécie d'arriver et David goûte tout particulièrement la Prestige (bière locale) bien fraîche ! 

Tant que j'y suis, je vous dis deux mots de la circulation à Port-au-Prince : pour résumé, vous oubliez toutes les règles du code de la route que vous avez apprises et vous ne vous débrouillerez pas trop mal ! Disons que c'est un peu la loi du plus fort. Par exemple, lorsque nous arrivions à un carrefour, c'est le plus gros véhicule et le plus téméraire qui passe le premier. Ca va pour nous, avec notre pick-up Toyota, nous faisons partie des plus gros !

Je vous ai dit plus haut que je reparlerai de l'OKPK, je tiens mes promesses. "OKPK, sa vle di Oganism pou Kore Pwojè Kominotè", c'est-à-dire Organisme de soutien à des projets communautaires. Il a été créé par Inter-Aide dans l'objectif d'une autonomisation progressive des projets menés par Inter-Aide dans les Cahos et, plus précisément, pour une reprise en main de ces projets par une structure haïtienne. Pour l'instant, l'OKPK n'existe pas encore en tant qu'ONG à part entière mais est sur la voie pour le devenir. OKPK aujourd'hui, c'est trois volets : un pour les formations aux maîtres des écoles soutenues (un peu comme un IUFM peut-être) et aux membres des comités de gestion de ces mêmes écoles ; un volet logistique et administratif, par le biais duquel nous passons les commandes pour les livres d'enseignement, les cahiers, les crayons pour les élèves, le ciment, les tôles et autres matériaux pour la construction des écoles ; et un volet "appui aux projets scolaire" (au sens de projets développés par les écoles) qui regroupent deux programmes scolaires : l'un dans les zones de Chenot et Bas-Cahos, l'autre dans les régions de Médor et Pérodin. C'est ici que nous nous situons dans l'organigramme d'OKPK : nous sommes responsables de programme dans le cadre du volet d'appui au projets scolaires, détachés d'Inter Aide auprès d'OKPK. Organigramme assez complexe n'est-ce pas ?!

Concrètement, sur le terrain, nous avons beaucoup de liberté et d'autonomie. Avec l'OKPK, nous avons un cadre, des lignes directrices pour nos actions de soutien et c'est plutôt une bonne chose. En effet, j'ai cru comprendre qu'auparavant, chaque RP (responsable de programme), faisait un peu ce qu'il voulait dans sa région d'intervention et sans qu'il y ait nécessairement de concertation avec ceux intervenants dans les autres zones.

Le travail continue de me plaire mais, les jours où je suis pessimiste, je me dis que je ne suis là que pour donner de l'argent ! C'est en partie vrai... mais je pense quand même que nous pouvons faire plus et être force de propositions.

La visite de nos chefs en Haïti s'est bien passée. Christian nous a appris qu'il quittait Inter-Aide et passait le relais à Christophe -qui travaillait auparavant pour l'OKPK à Sterling-. Discuter avec eux nous a permis de faire le point que ce que l'on attendait de nous. Pour l'instant, ils ne semblent pas mécontents de notre travail ici.
 

Je vous laisse pour aujourd'hui, mon mail est déjà bien long non ? Nous allons déjeuner -il est 13h30 ici, soit 6h de moins qu'en France et je ne sais pas pour l'Irlande, l'Argentine, Singapour ou le Liban ?-  avant de nous atteler à la comptabilité du mois, ce qui signifie plusieurs heures de travail en perspective...

Demain, nous irons peut-être nous baigner et siroter un "fruit punch" (jus multi-fruits frais) autour de la piscine d'un grand hôtel de Port-au-Prince, cela fait partie des petits plaisirs de la capitale...
 

Je vous embrasse très fort et pense beaucoup à vous.
A très bientôt de vous lire j'espère.
Couvrez-vous bien, surtout ceux qui vivent dans des contrées froides !

Nelly

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