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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
31 mars 2006 5 31 /03 /mars /2006 19:23

Mail collectif du 31 mars 2006


Bonjou oubyen bonswa tout moun,


« M'espere tout bagay anfòm nan travay la ak lavi a » (pour vous aider à lire : en créole toutes les lettres se prononcent et tous les "e" se lisent "é").

Autrement dit, j'espère que tout va bien malgré les « agitations sociales » qui semblent secouer la France -pour ceux qui y vivent- en ce moment...

De passage à Port-au-Prince en cette fin de mois de mars, nous sommes en effet informés de la situation politique et sociale actuelle grâce à Radio France internationale que nous captons dans notre pick-up et à France-Inter que nous écoutons, au bureau, via Internet. Ainsi, nous venons d'écouter l'allocution de Jacques Chirac à propos du CPE... En passant :cela relève d'une certaine incongruité d'écouter Macha Béranger en plein après-midi sous le soleil des Tropiques mais c'est assez agréable. France-Inter en général, pas que Macha bien sûr !

« Merci fée électricité » car elle nous permet enfin d'envoyer des nouvelles. Le mois dernier, l'EDH (Electricité d'Haïti, entreprise publique) avait de sérieux problèmes pour alimenter les réseaux. Aujourd'hui, cela va un peu mieux. Vous avez néanmoins du recevoir des nouvelles de nous via le mail collectif de mes parents -merci Maman, merci Papa (merci les vieux, dixit David)-. J'espère que le récit de leur voyage vous a plu... Peut-être même vous a-t-il donné envie de venir voir comme ça se passe de vous mêmes ? Notre porte vous est grande ouverte !

Au cas où certains d'entre vous n'aient pas eu l'info où ne l'aient pas prise au sérieux, nous avons effectivement un portable depuis cette semaine. Portable qui présente l'énorme avantage (ce n'est pas le cas de tous) de capter à Pérodin, dans le bureau mais pas dans notre maison, on ne peut pas tout avoir... Ainsi, voilà de quoi rompre un peu avec notre isolement et notre éloignement de « lòt bò » (littéralement : l'autre bord) -de vous quoi- parfois difficile à supporter, il faut bien l'avouer... Le numéro : 00 509 (indicatif d'Haïti) 463 85 19.

Que vous raconter aujourd'hui ?

Au cours des deux derniers mois, nous avons poursuivi nos visites dans les écoles des deux zones dont nous avons la responsabilité, Pérodin et Médor. Certaines sont vraiment loin : plus de 3 heures de marche à l'aller et autant au retour ! Mais, chaque fois, les marches sont agréables, les paysages divers et les contextes scolaires différents. La semaine dernière, à Médor, nous avons visité l'école de Jacot, la plus éloignée et sans doute la moins bien lotie de la région. A Jacot donc, il n'y a ni terrain, ni bâtiment pour l'école. Les cours se déroulent donc, pour trois classes, dans l'église, dont le sol est en terre battue et mal nivelé (ce qui génère plein de poussière) et pour les deux autres classes sous un manguier. En outre, la maîtresse (c'est ainsi que l'on dit ici, on ne parle ni d'instituteur, ni d'enseignant, ni de professeur mais de maîtres) de la classe de pré-scolaire est actuellement en congé maternité et, faute de ressources humaines la zone étant très isolée, elle n'a pas été remplacée. Si bien que c'est le maître de 2ème année qui assure les deux classes. Cette situation, vous vous en doutez, est loin d'être idéale en matière de pédagogie... Néanmoins, les maîtres et les membres du comité, parents d'élèves bénévoles qui gèrent l'école, semblent très motivés et continuent de faire en sorte que l'école fonctionne, tant bien que mal. Dans d'autres écoles, la situation matérielle est plus « confortable » mais, quelle qu'elle soit, ce n'est jamais transcendant ! Enfin, c'est la dure réalité de la scolarisation dans les Cahos. Malgré les difficultés rencontrées, les communautés continuent de croire à ces projets et les mettent en oeuvre. Nous y croyons aussi !

Autre caractéristique de la scolarisation à l'école primaire dans les Cahos, et semble-t-il dans l'ensemble du pays, le grand retard des élèves en terme d'années scolaires. Ainsi, dès la 4ème année fondamentale (l'enseignement haïtien compte 6 années fondamentales, soit une de plus qu'en France : cinq ans du CP au CM2), plus de 50 % des élèves ont plus de quatre ans de retard. Il n'est donc pas rare du tout de trouver, sur les bancs de l'école primaire, des « enfants » âgés de 15, 16, 17... 20 ans ! Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes en matière de pédagogie et d'adaptation des contenus enseignés. Je suis en train de réaliser un état des lieux de l'âge des élèves dans les écoles soutenues par OKPK et Inter-Aide. Je pourrai donc vous en reparler si vous le souhaitez.
 

Parlons un peu des... bêtes ! Maga, la chienne, va toujours bien. En revanche, notre petit chat, dont je vous avais annoncé l'arrivée dans mon précédent mail collectif, a disparu depuis début février. Elijean, le gardien de notre maison à Pérodin, dit qu'il a été volé. Nous avons toutes les raisons de le croire. Et oui, tout se vole ! Il n'avait pourtant coûté que 150 gourdes (environ 3 euros). Avec la disparition du chat, nous avons assisté au retour des souris dans la maison. Comme elles devenaient de plus en plus intrépides et venaient chercher de la nourriture à côté de la gazinière, sous nos yeux, alors que nous étions nous-mêmes à table, nous avons décidé de sévir et... avons acheté deux tapettes ! Résultat : cinq souris attrapées en deux jours et plus rien depuis !

Toujours pour parler "bébêtes", il y a environ un mois, David a attrapé une chique (sorte de puce) dans un orteil. C'est un insecte qui se loge et pond sous la peau. Nous l'avons retiré : les oeufs forment une masse blanchâtre assez grosse, peu ragoûtant ;-( et jusque là, tout allait plutôt bien… Il y a une semaine, les choses se sont gâtées, la blessure s'est infectée. Je vous passe les détails mais nous avons du aller voir un médecin, chirurgien, à Port-au-Prince qui a fait... hurler David en incisant le bout de l'orteil pour vider l'infection ! Le jeune homme avait pourtant reçu trois injections pour anesthésier l'endroit auparavant. Aujourd'hui tout va mieux, merci.

J'arrête pour les bébêtes aujourd'hui, bien que je pourrais encore vous parler des moustiques qui attaquent dur ces jours-ci à Port-au-Prince, signe que la saison des pluies qui est sur le point de commencer ?

J'arrête donc !
 

J'ai envie de vous parler d'autre chose qui s'avère un peu déconcertant pour moi, surtout au moment de payer un achat. Du temps de l'occupation américaine en Haïti, de 1915 à 1934, la parité entre la gourde, monnaie haïtienne, et le dollar, américain, était fixe. Ainsi, pour 5 gourdes, on avait 1 dollar. Depuis, les taux de change ont bien varié puisque, aujourd'hui, pour un dollar américain, on obtient 42 à 43 gourdes. Mais, l'habitude est restée de parler en dollars dits aujourd'hui haïtiens. Ainsi, dans un grand nombre de magasins, en particulier dans la capitale, les prix sont affichés en dollars haïtiens et les factures sont rédigées dans cette monnaie, pourtant fictive. Il nous faut donc sans arrêt multiplier (ou diviser) par 5. Même sur les marchés, y compris dans les Cahos, il n'est pas rare que les marchandes parlent à la fois en dollars (haïtiens) et en gourdes. Imaginez :

 - Achetez-moi ces tomates, le lot pour 25 gourdes !

 - Pourquoi pas ? Et combien coûtent les avocats ?

 - Vous en avez 6 pour 8 dollars ! Etc. !

De quoi en perdre sa table de multiplication par 5 ! D'autant plus que dans certains restaurants ou boutiques de produits importés par exemple, les prix sont affichés en dollars, américains cette fois ! Quand nous voulons comparer des choses qui sont comparables, nous évaluons également la valeur en euros. Inutile de vous dire que nous avons complètement cessé de penser en francs. Tu vois Pierre, tout arrive ;-) !
 

En ce moment à Port-au-Prince, il fait beau et chaud ! Nous avons eu le droit à notre première pluie tropicale en début de semaine. Le temps de rejoindre la voiture à la sortie du bureau pour rentrer à la maison et nous étions trempés ! La saison des pluies promet d'être gaie.

A Pérodin et à Médor, nous n'avons jamais trop chaud, sauf lorsque l'on marche. Nous dormons toujours avec une couverture, altitude oblige : il fait assez frais le soir, environ 20°C...
 

Nous remontons dans les Cahos lundi, 3 avril. Puis, du 4 au 7 avril, nous serons en déplacement à Chenot, autre zone d'intervention de l'OKPK et d'Inter-Aide qui vient là-bas en appui à 9 écoles communautaires. Chenot est situé à environ 2 heures de marche de Pérodin. Cette rencontre dite inter-zones réunira l'ensemble des personnes intervenant dans le volet "Appui aux projets scolaires" (= menés par les écoles) dont David et moi sommes responsables pour les zones de Médor et Pérodin. Ce devrait être très intéressant.
 

Allez, je vous laisse pour aujourd'hui, j'ai déjà du prendre pas mal de votre temps pour me faire lire...
Continuez à nous envoyer des messages, cela nous fait toujours
très très plaisir et nous permet de nous sentir un peu moins loin. J'espère avoir un jour la possibilité de vous répondre à tous, individuellement, peut-être quand nous aurons Internet à Pérodin... C'est toujours à l'ordre du jour mais tarde à venir. Je ne désespère pas néanmoins !
 

Je vous embrasse.
Prenez bien soin de vous.
 

Nelly (qui décline toute responsabilité concernant ce qui suit...)

 

 

Bonjour à vous,

 

Je prends le bleu pour mettre un peu de couleur dans votre vie, et puis parce qu'il y en a tellement ici (dans le ciel...) Remarquez, il y beaucoup de noirs aussi... (humour à deux gourdes, je l'admets).

Comment allez-vous ? En ces temps où "votre" président baisse en popularité, il ne faut pas vous plaindre : vous pourriez vivre dans un pays où il n'y en a toujours pas, comme nous... Et pourtant nous n'allons pas manifester, nous. Remarquez, nous venons de l'entendre (Chirac) en direct de l'Elysée et il n'a pas changé... C'est tout le contraire du pinard !

Mais arrêtons de parler politique. Nelly vous parlait plus haut des bébêtes. Elle a omis les mygales, qui commencent à sortir de leur tanières. Le mois dernier, nous en avons tué trois, dont deux dans la maison à Pérodin. Elles sont grosses comme ma main (sans aucune exagération). La prochaine que j'en vois une, je l'enferme dans un bocal pour l'emmener en France, comme ça vous verrez.

Mis à part ça, tout se passe bien. Maga mange tous les poussins de notre gardien (dix). Imaginez ces petites boules de plumes jaunes, toutes cocottes, qui craquent sous les crocs du chien qui croque. Sacrée Maga ! Si ça se trouve, c'est elle a mangé le chat...

Pour ceux qui  voudraient nous appeler sur notre téléphone PORTABLE (oui, nous en avons un. Tu vas être contente, Fanny...) Remarquez, je dis portable, mais il pèse trois kilos, sans la batterie (batterie 12V, comme dans les voitures, vous y croyez les gars ?). Donc, quand nous allons marcher, il est un peu lourd. L'avantage, c'est qu'on peut le brancher sur la batterie de la voiture directement. Mais comme on n'a pas de voiture là où on travaille, ça sert pas à grand chose... D'ailleurs, en parlant de ça, les parents de Nelly nous ont offert une lampe qui permet de recharger les téléphones. C'est chouette la technologie ! On n’a pas tout ce qui fait le confort (bière, frigo, électricité, potes, bars, ...) mais on a une lampe qui permet de recharger les téléphones portables ! Dommage qu'elle permette pas de recharger Nelly quand elle est fatiguée. N'empêche qu'elle est super la lampe. Merci Jeannine et Yannick !

Voili voilà (tiens, c'est la marque de notre téléphone), j'ai pas parlé de boulot, mais c'est pas grave.

 

Je vous embrasse tous. Si je me souviens bien, deux bises pour les bretonnes, une pour les parisiennes et trois pour les casques à pointes.

 

Allez, fini les conneries, tchao,

David

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