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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 16:27

Avant de repartir pour Haïti, nous avions rendez- vous chez le dentiste. Dans la salle d'attente, alors que je feuilletais un magazine du type nouvel obs, j'ai lu un article sur « Les bienveillantes » de Jonathan Littell. Le journaliste parlait d'un livre tel qu'on n'en lit que deux ou trois dans sa vie. L'article était bien fait, le thème m'intéressait, j'ai noté les références et l'ai acheté. Tout cela se passait début septembre, bien avant le tapage médiatique qui a été fait autour de ce livre. Aujourd'hui, quand j'entends parler de Littell sur RFI, c'est au sujet de tel ou tel prix littéraire. Il le mérite...

Pour ceux qui aiment les nombreux chapitres, les retours à la ligne et les gros caractères, il y en a peu. Ce livre est divisé en quatre grandes parties, sept chapitres et fait 900 pages. Comme vous devez déjà le savoir, c'est l'histoire d'un officier SS qui revient sur la période noire qu'a été la guerre et nous éclaire sur les différents mécanismes qui huilaient cette machine diabolique, mais aussi sur sa vie et ses  états de service. Au fil des chapitres, il détaille l'extermination des juifs et des bolcheviques, le front de l'Est, la bataille de Stalingrad, les camps de concentration et la débâcle. Ces grands événements dirigent sa vie et entraînent notre héros dans un rôle qui ne lui était sans doute pas prédestiné, celui de bourreau.

Je n'avais jusqu'alors jamais rencontré, au fil de mes lectures, un personnage aussi torturé, aussi complexe que le docteur Aue. Jonathan Littell décrit les obsessions, les paranoïas de son personnage avec un tel réalisme qu'il est parfois difficile de ne pas perdre pied. Son amour fou pour sa soeur jumelle, la haine qu'il voue à sa mère, ses maladies, son homosexualité qu'il doit taire, ses pulsions meurtrières croissantes vont faire de lui un bourreau dont il sera la principale victime.

L'expérience professionnelle et humanitaire de Jonathan Littell lui a sans doute beaucoup servi pour décrire aussi précisément l'indescriptible : les massacres, les charniers, l'état d'esprit de ces hommes, qu'ils soient victimes ou bourreaux, les odeurs, les impressions,...  Il arrive à nous convaincre que nous avons tous une face cachée et qu'il suffit parfois de certaines circonstances pour la libérer. Si on nous en donnait l'ordre en temps de guerre, est-ce que nous ne presserions pas sur la détente ? Ses explications montrent également comment les nazis avaient transformé le génocide en une gigantesque affaire commerciale destinée à financer la guerre. Mais la guerre n'est-elle pas souvent une histoire d'intérêts ?

C'est sans doute, dans son genre, l'un des meilleurs livres que j'ai lu depuis longtemps. La précision des informations donne à ce roman un air de documentaire bien ficelé et le réalisme des  personnages créée le lien qui aide à lire 900 pages assez facilement. Je conseille donc vivement.

Dans la même trempe d'écrivains, je vous conseille de lire « Chroniques abyssiniennes » de Moses Isegawa. L'histoire se passe en Afrique, n'a rien à voir avec la seconde guerre mondiale, mais on y retrouve la même force d'écriture. L'un des meilleurs auteurs africains que je connaisse...

David

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commentaires

Jeannine 20/11/2006 08:58

J'avais très envie de lire le prix Goncourt 2006 et après ce commentairej je ne vais plus attendre pour me le procurer. Je sais qu'il va réintégrer la Bretagne, mais ça va être trop long de patienter. Merci David, merci Nelly. Je vous embrasse. Jeannine.