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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
20 novembre 2006 1 20 /11 /novembre /2006 17:10

Mardi 31 octobre 2006, en soirée, de nouveaux actes de violence ont été commis à Chenot, une des localités importantes des Cahos. Nous vous en avons parlé, une autre agression armée y a eu lieu au mois d'octobre (voir article du 22/10/2006, rubrique Insolite).

Les faits : plusieurs hommes armés ont pénétré dans la cour de la maison des sœurs (kay mè). Les sœurs ont pu s’enfuir alors que les voleurs étaient encore à l’extérieur. Elles se sont réfugiées chez le père. Ont été dérobés de l'argent des écolages (inscriptions des élèves à la rentrée des classes), des cartons de livres, des vêtements, une télévision,... Les religieuses de Chenot sont en effet responsables d’une école primaire qui accueille plusieurs centaines d’élèves et d'un collège, le seul de la zone. Le père ayant tiré un coup de feu en l’air –oui, le père est armé- pour prévenir la population, les brigands se sont enfuis avec ce qu’ils ont pu emporter. La télévision a été retrouvée plus loin, elle était trop lourde sans doute... De toute façon elle ne fonctionnait plus mais ça, les voleurs ne pouvaient pas le savoir !

Ainsi, malgré le déplacement d’un député, de journalistes et de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti), après l’agression de Ciliane une dizaine de jours plus tôt, les vols continuent...

Suite à cette deuxième attaque armée, Maréus, assistant du programme scolaire pour la zone de Chenot, qui regroupe neuf écoles communautaires que nous soutenons, en congé au moment des faits, ne souhaitait pas « remonter ». Avec la maison des sœurs et celle du père, la sienne est, il est vrai, une cible plus que potentielle. Ses craintes apparaissent d’autant plus fondées qu’il a appris qu’un homme, un inconnu, était venu se renseigner auprès du gardien de sa maison quelques jours après l’agression des sœurs (pour plus de facilités, je traduis du créole) :

 - Où est Maréus en ce moment ? Quand reviendra-t-il à Chenot ?

 - Est-ce Maréus qui garde tout l’argent du programme scolaire de la zone de Chenot dans ses mains et, si oui, où le range-t-il ?

 - Si quelqu’un souhaite emprunter une grosse somme d’argent, pourra-t-il le faire auprès de Maréus ?

 - Est-ce Maréus qui garde tous l’argent des écolages de la zone ?

 - Où se trouve l’argent servant à rémunérer les maîtres ? Est-il dans la maison ou ailleurs ?

Vous le constatez, plutôt précises comme questions ! On pourrait même dire un peu trop… Notre chef se demande d’ailleurs s’il faut attribuer un quelconque crédit à une tentative d’approche aussi peu discrète ! Le problème, d’après Maréus, c’est qu’il peut en effet s’agir d’une manœuvre d’intimidation mais, cela peut tout aussi bien être une véritable action de reconnaissance… Dans le doute, mieux vaut s’abstenir. On s’abstient donc. De toute façon, Maréus ne souhaite pas retourner tout de suite vivre dans sa maison, du moins pas seul et pas tant que des actions policières ou de justice n’auront pas été menées. Il se démène d’ailleurs dans ce sens et contacte même le ministère de l’Intérieur. Non pas uniquement pour le programme scolaire précise-t-il, mais tout simplement en tant que citoyen. Les sœurs ont, quant à elles, décrété qu’elles ne remettront plus les pieds à Chenot. Le père attend quelques temps pour y retourner ; aux dernière nouvelles, il doit s’organiser pour que les établissements scolaires tenus par les sœurs, fermés depuis l’agression, réouvrent.

Pour son travail –et oui, je dois aussi penser à ça, statut de responsable oblige…-, il fera la supervision des neuf écoles de la région depuis Petite Rivière (en bas des mornes), Pérodin ou ailleurs. Ce qui signifie plus d’heures de marche en perspective… Nous referons le point début décembre.

Maréus reste très informé de ce qui se passe à Chenot. Ces jours-ci, il a appris qu’un individu du village avait été clairement identifié comme l’un des meneurs de l’action. Il serait également recherché pour d’autres méfaits à Port-au-Prince. Peut-être la communauté de Chenot fera-t-elle justice elle-même, à suivre…

Pour nous, la règle d’or reste identique : ne conserver quasiment pas d’argent liquide chez soi. Mais, et si les voleurs s’intéressaient également aux télévisions ou aux ordinateurs ? Les gens, à Médor et à Pérodin, ne semblent pas trop inquiets car, disent-ils, la communauté y est plus soudée qu’à Chenot, ce qui aurait pour effet d’empêcher de tels actes. L’avenir nous le dira.

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