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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 16:58
Nous recevons régulièrement des "messages de sécurité" en provenance de l'Ambassade de France en Haïti, nous informant du "contexte sécuritaire" dans le pays. Pour vous donner une idée, nous reproduisons ci-dessous, la dernière lettre reçue à ce sujet. Le ton et les propos sont propres à l'Ambassade mais, on dirait bien que ça va "pa pi mal" !

En matière de sécurité, le premier trimestre 2007 a marqué un tournant : une volonté politique affirmée des autorités nationales comme de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti), l’efficacité accrue de la MINUSTAH (grâce à de nouveaux modes opératoires) et l’accroissement des effectifs de la PNH (Police nationale d’Haïti) ont permis d’obtenir à Port au Prince une amélioration très nette. Dans les provinces, qui n’ont jamais connu la situation qui prévalait dans la capitale, la sécurité est globalement assurée, même si des foyers de tension existent.

 

Port au Prince

A Port-au-Prince, les opérations menées depuis fin décembre dans les quartiers qui étaient devenus des zones de non droit ont permis de disperser la plupart des gangs importants. Parmi la dizaine de chefs de gangs les plus dangereux, sept ont été successivement arrêtés : Ti Kouto et son adjoint Ti Pouchon, Belony et son adjoint Cadet, Ti Blanc, Bled Nasson, Willio Jeune, frère et complice de Ti Kouto. Au total, la MINUSTAH estime à plus de 700 le nombre des membres de bandes armées arrêtés depuis le début de l’année, d’autres ont fui en province. A Cité Soleil comme à Martissant [quartiers de la capitale], la vie reprend : les marchandes de rues ont fait leur réapparition, les marchés revivent, les taps-taps (sortes de taxis collectifs) traversent à nouveau ces quartiers, la MINUSTAH et la police ont progressivement mis en place un maillage d’implantations fixes et patrouillent dans les artères principales. Les premières réimplantations de services publics et réhabilitations de bâtiments publics  interviendront dans les prochaines semaines.

Une baisse très notable du nombre des enlèvements est constatée depuis début mars. Le nombre avait été de 634 (52,8 par mois) en 2005 et de 498 (soit 40,6 par mois) en 2006. Il a été de 27 en janvier, 25 en février, 24 en mars, 12 en avril et 16 en mai.

Il est également à noter que, pour la première fois depuis qu’a commencé, en 2004, la vague d’enlèvements qui a semé l’insécurité à Port au Prince, six auteurs de rapts ont, depuis le début de l’année, été condamnés et frappés de lourdes peines (perpétuité).

Le nombre des assassinats recensés, en revanche, demeure préoccupant. Il a sans nul doute diminué très fortement dans les quartiers qui étaient devenus des zones de non droit et dans lesquels la sécurité est progressivement rétablie, même si cette amélioration ne se traduit pas dans les statistiques, parce que la plupart de ces assassinats n’était pas enregistrée. Pour ce qui est des assassinats recensés, on en dénombre toujours -malgré des variations assez fortes selon les périodes- au moins 3 par jour à Port au Prince, soit un nombre comparable, pour cette ville de 2,5 millions d’habitants, au nombre d’assassinats commis sur l’ensemble du territoire français.

On constate par ailleurs que le nombre des enlèvements accompagnés de violences augmente, et même que certaines personnes kidnappées sont désormais assassinées malgré le versement par leurs proches de la « rançon » exigée.

 

La province

Dans la plupart des autres régions, le calme est assuré. La fuite de nombreux gangsters dans de petites villes ou dans les campagnes ne s’est pas traduite, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, par une aggravation perceptible de l’insécurité ; dans les provinces, en effet, le contrôle social joue et les gangsters sont rapidement repérés. C’est ainsi que Ti Kouto, Ti Bouchon, Belony et Cadet ont été arrêtés, grâce à des informations communiquées par la population, après avoir fui Cité Soleil.

Cependant, des incidents sont signalés et des foyers de tension subsistent dans certaines villes, en particulier aux Gonaives [dans le département de l’Artibonite, pas très loin de chez nous]. Dans cette ville, Wilford Ferdinand, dit Ti Will, chef de l’un des deux gangs qui se déchirent depuis plusieurs années, semant à l’occasion l’affolement ou faisant même régner temporairement la terreur dans la population de leurs quartiers, a été arrêté fin mai ; les semaines qui viennent permettront de vérifier si cette arrestation entraîne une diminution durable de l’insécurité à Gonaives.

Il convient, enfin, de garder à l’esprit que le nombre des armes en circulation reste important, en province comme dans la capitale.

 

Conclusion

Les assassinats spectaculaires de personnalités reconnues et unanimement respectées qui ont été perpétrés ces dernières semaines à Port au Prince (l’architecte Nadine Hyppolite-William, l’acteur François Latour) et à Gonaives (le journaliste Alix Joseph) ne doivent pas occulter l’évolution favorable enregistrée ces derniers mois, qui marque un véritable changement.

D’un autre côté, les violences persistantes invitent à considérer que l’accentuation de l’amélioration constatée n’est pas assurée et même que, probablement, l’insécurité risque de se stabiliser à un niveau proche du niveau actuel, au demeurant tout à fait habituel dans la région et, plus généralement, dans les pays connaissant un stade de développement comparable.

Un niveau de sécurité comparable à celui que connaissent les pays européens ne pourra être atteint que progressivement, à mesure que les effectifs de la police augmenteront (on compte actuellement en Haïti, pour une population équivalente, environ quarante fois moins de policiers que dans la ville de New York), que son équipement s’améliorera, que la justice se professionnalisera et que la corruption sera éliminée de ces deux institutions.

L’Ambassade

 

 

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