Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Carte

Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 21:39

En allant à Chenot (une de nos zones d’intervention) l’autre jour, je croisai une colonne d’enfants portant des roches sur la tête. « Pourquoi, pour qui le font-ils ? ». Ils me répondirent qu’ils portaient pour le père de la paroisse qui souhaite bâtir des salles supplémentaires dans son école et que chaque élève devait amener dix roches pour avoir le droit de composer aux examens de fin d’année qui se dérouleront dans une dizaine de jours. J’enregistrai l’information… Un peu plus loin, sur le chemin argileux encore tout glissant des pluies de la veille, je rencontrai d’autres enfants avec, cette fois, des bokits (récipients) remplis de sable sur la tête. Je les interrogeai et ils m’apprirent, eux-aussi, qu’ils devaient acheminer dix bokits de sable chacun s’ils voulaient pouvoir participer aux prochains contrôles.

Si je comprends la mesure, j’ai quelques difficultés à cautionner... Mais, elle n’est pas exceptionnelle. Comme dans bien d’autres endroits au monde, le travail des enfants est la norme dans les mornes haïtiennes. Ils participent aux travaux de la maison, vont chercher de l’eau à la source ou la rivière, vendent sur les marchés, sarclent le pois dans les champs, préparent les repas, etc., avant et/ou après l’école, le matin et le soir, ou encore à la place de l’école…

Dans les écoles soutenues par OKPK (l’association haïtienne auprès de laquelle nous sommes détachés par Inter Aide), nous exigeons également un « apport local valorisé » avant de commencer l’édification d’un bâtiment. Mais, nous ne contraignons pas les enfants. Enfin, pas directement… Dans le contrat que nous passons avec les écoles, le comité de gestion de l’établissement, composé d’enseignants et de parents d’élèves bénévoles, s’engage à apporter sur le terrain le sable, l’eau et les roches nécessaires à toute construction. Une fois les matériaux sur place, OKPK livre le ciment, les barres de fer, les planches, les tôles, les clous, etc. Le comité s’organise pour que la communauté participe à ce dur labeur. Les lieux d’extraction des roches et/ou les rivières sont parfois loin de l’école et les pentes des mornes sont, le plus souvent, bien raides. Il arrive que les comités demandent aussi aux écoliers de participer. La responsabilité du travail des enfants est donc, quelque part, transférée ?

« L’apport local valorisé » ne représente qu’une partie du travail demandé à la communauté pour l’érection de salles de classe. Il s’agit ensuite de porter les matériaux de construction jusqu’au chantier. Si les véhicules parviennent à la porte de quelques-unes des écoles soutenues, pour la plupart, la piste carrossable s’arrête à plusieurs heures de marche, jusqu’à cinq ou six heures. Il arrive que les gens utilisent des mules ; mais, le plus souvent, c’est à tête d’hommes et de femmes que se fait le transport des tôles, barres de fer et autres. Et, un sac de ciment pèse 42,5 kilos ! Pour ce travail, OKPK rémunère les porteurs en fonction de la distance à parcourir.

La réalisation de bâtiments durables a été initiée par Inter Aide et OKPK il y a quelques années pour remplacer les traditionnelles tonnelles aux poteaux en bois, couvertes de paille ou de tôles, ou  les bâtiments en terre, voire même pour doter l'école, jusqu'à lors hébergée dans l'église de la localité, de locaux. Ce projet représente une plus-value non négligeable pour la qualité de l’éducation. Les élèves sont ainsi à l’abri de la pluie et du vent ; les cloisons entre les classes limitent quelque peu la cacophonie. Et puis, ces chantiers sont souhaités, demandés, désirés. Il semblerait en effet que l’existence d’une « belle école » favorise nettement son appropriation par la communauté et encourage les parents à scolariser leurs enfants. Les écoles sont, avec les églises, bien souvent les seuls locaux en ciment d’un village. Ainsi, tous les ans, nombreux sont les comités de gestion des écoles qui déposent un projet de construction auprès d’OKPK. Tellement que, faute de moyens logistiques, humains et financiers suffisants, nous ne sommes pas en mesure de soutenir chaque année tous les projets déposés. Et puis, d'une part il nous semble important de fixer des limites et, d'autre part, nous ne pouvons engager de construction que si le comité de gestion de l’école se montre motivé, dynamique et sérieux, ce qui n'est pas toujours le cas.

Les constructions en dur ont donc un coût ! En outre, elles ne semblent pas toujours aussi durables qu’on le voudrait –David, responsable des chantiers, vous en parlerait sûrement mieux-, du fait en particulier de la mauvaise qualité du sable apporté, très souvent mêlé de terre qui empêche le ciment de bien « tenir », et des compétences souvent insuffisantes des « boss » (artisans qui travaillent sur les chantiers). Néanmoins, cela semble souvent valoir le coup, voyez le résultat :

 

École de Grand Rac (Gran Rak), au moment de la récréation.


Celle-ci accueille, en 2006-2007, 194 élèves de la classe de pré-scolaire (maternelle) à la 5ème année fondamentale (équivalent du CM1 en France).

 

 

 

 

École de Haussé (Ose).


Quatre des cinq classes se réunissent dans le bâtiment en dur ; les élèves de 4ème année suivent les cours sous la tonnelle couverte de "paille", à gauche sur la photo.
Comme dans la plupart des écoles, le drapeau haïtien, levé chaque matin, flotte dans la cour.

 

École de Bien-Placé (Byen Plase),
vue d'en haut.


Un bâtiment est actuellement en construction, à gauche du premier. En attendant qu'il soit terminé, les classes qui ne trouvent place entre quatre murs se réunissent sous la tonnelle (qui est aussi l'église) derrière l'école.

Salle de l'école d'Ingrand (Engran).


Une tonnelle est en train d'être murée, il y aura ainsi trois nouvelles salles de classe. L'école dispose déjà d'un vieux bâtiment de quatre salles.

 

École de Granfond (Granfon).


Aujourd'hui, la tonnelle, au premier plan, n'existe plus : le comité l'a démontée car elle menaçait de s'écrouler. Les deux autres salles, en bois, sont en mauvais état (trous dans les murs, dans les tôles, etc.).

École de Michaud (Micho).


Pour l'instant, cette école n'est composée que d'une tonnelle, sans séparation entre les salles de classe.

Partager cet article

Repost 0

commentaires