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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 15:12

Il y a une vingtaine d’années, lorsque Inter Aide a débuté son action dans les Cahos, elle s’est appuyée sur des écoles presbytérales déjà existantes, et ce sur la demande des prêtres locaux. Parmi les écoles communautaires soutenues par OKPK et Inter Aide, certaines sont construites sur des terres appartenant l’Église. Quelquefois, ce n’est pas très clair puisque, comme à Plassac, l’école jouxte l’église. Mais les actes de propriété sont là pour rappeler le bon droit de chacun.

Or, cette année, le père C. a décidé de son propre chef de « reprendre » l’une des meilleures écoles soutenues par OKPK, celle de Plassac. Ce n’est pas son premier coup d’éclat puisqu’il a déjà mis la main sur l’école de Savane à Roches il y a deux ans. Celle-ci était construite sur une terre de l’Église. Il a donc brandi le droit de la terre, décrétant ainsi que tout ce qui était édifié sur cette terre appartenait à l’Église. Malgré les promesses du père, le comité s’est fait éconduire une fois la passation terminée. Les écolages (somme que doit verser chaque enfant en début d’année) ont doublé, voire triplé. Les parents ont du racheter les livres qui appartenaient à l’école. C’est donc aujourd’hui une kay pè, une école du père, qui fonctionne bien, mais reste élitiste puisque chère.

Pour en revenir à Plassac, le prêtre veut donc s’approprier l’école et il l’a annoncé lors de son prêche dominical. Mais les choses ne sont pas si simples. Une partie des bâtiments se trouve sur une terre appartenant à la communauté, qui a l’acte de propriété en main. Mais ce n’est pas un problème pour cet homme d’église : il est arrivé par un beau dimanche d’avril, accompagné de policiers en civil –mais armés– pour annoncer qu’il reprendrait l’école à compter du mois de septembre. Et ce fut acté. La communauté est divisée. D’un côté, nous avons les gens du comité de l’église, qui veulent que l’école soit sous l’égide du père. Même s’ils n’y ont pas d’enfants, ils ont suffisamment d’influence pour légitimer leur choix. De l’autre, nous avons le comité de l’école, représentant de la communauté. Celle-ci est à forte majorité protestante. Mais, elle reconnaît quand même l’autorité du père, catholique, ou plutôt, devrais je dire qu’elle la craint. Et entre les deux sont les maîtres, qui sont relativement partagés. Le curé leur promet de gros salaires, ce qui fait pencher la balance de son côté.

Si l’école devient presbytérale, les écolages seront de 500 gourdes par élève, quelque soit la classe (aujourd’hui, ils sont compris entre 300 et 800 gourdes). Les parents devront acheter en plus les livres et les uniformes. L’école deviendra alors élitiste et desservira le but que s’était donné Inter Aide, c’est à dire scolariser le plus grand nombre d’élèves possible dans la zone. De plus, qu’ils soient maîtres, élèves ou parents, qu’ils soient protestants ou catholiques, tous devront fréquenter l’église un à deux dimanche par mois, sous peine d’expulsion de l’école.

Mais, me direz-vous, comment est-il possible de prendre une terre qui ne nous appartient pas ? Nous sommes en Haïti et l’Église, ou du moins ce qu’elle représente ici, a énormément de poids sur les communautés. Qu’elles soient protestantes, catholiques, vaudouïsantes, Dieu est présent partout en permanence. Les prêtres ont autant de poids que le clergé en France à une certaine époque. Cela peut être perturbant, surtout pour ceux qui auraient des prédispositions mégalomanes. Donc, annoncer que l’on s’empare d’un bien tout en sachant qu’il ne nous appartient pas montre l’autoritarisme non contesté et non contestable de l’Église dans cette zone.

Nous avons rencontré le comité de l’école vers la mi-mai. Il est présidé par Duchange, un homme qui n’a pas l’habitude de se laisser marcher sur les pieds. Certains disent que c’est un ancien Tonton Macoute. Nous leur avons conseillé d’organiser une réunion de parents afin de voir dans un premier temps quel était l’avis de la communauté. Mais aussi de contacter des journalistes, d’envoyer un courrier à l’évêché de Gonaïves, de faire une émission de radio… bref, de diffuser le plus largement possible l’information. Mais porter plainte n’est venu à l’esprit de personne. Comme si on ne pouvait pas décemment s’attaquer à un homme aussi influent. Comme si le combat était perdu d’avance. Se bon dye ki vle…Toujours ce fatalisme haïtien ?! Pourtant, avant-hier, en réunion d’équipe, nous en avons discuté et les animateurs disaient que, s’il y a plainte de déposée, elle pourrait aboutir puisque les membres du comité possèdent l’acte de propriété. L’avenir de l’école est entre les mains de la communauté, mais il faut qu’ils se dépêchent car le père C. a déjà commencé à clôturer l’enceinte de l’école…

Mais pourquoi OKPK n’intervient-il pas, me direz-vous ? Parce que c’est l’école de la communauté, qu’elle ne nous appartient pas et que nous ne devons pas nous immiscer dans des conflits d’intérêts. Si la communauté ne se bat pas pour garder son bien, c’est qu’elle n’a pas la motivation nécessaire pour avoir son école… Je vous tiendrai informé de la suite des événements.

Je ne voudrai pas pour autant diaboliser l’action de l’Église en Haïti. Les écoles presbytérales sont très souvent d’un bon niveau et donc assez réputées. Ici, le problème est humain : un homme d’Église s’approprie illégalement un bien communautaire dans un but purement lucratif. Mais beaucoup de prêtres font un travail fantastique auprès des communautés. Tous ne deviennent pas, comme Aristide, des dictateurs…

J’ai un autre exemple de prêtre un peu mégalo qui a fait parler de lui dernièrement. Le père L. pratique à Médor, petite bourgade perdue dans les mornes, et y a dernièrement fait bâtir une cathédrale. Celle-ci, comme vous ne le voyez pas sur la photo ci-dessous, est immense! Elle a nécessité une énergie, une somme d’argent, une quantité de matériel qui peuvent paraître démesurés comparés aux moyens de la population. Nous avons entendu dire que, lorsqu’un fidèle arrivait à l’église le dimanche sans porter une roche pour l’édification de la cathédrale, le père lui donnait des coups de bâton et le renvoyait chercher la roche. Mais la population est fière de voir un tel édifice dans le village. Cela montre aux autres ce qu’ils sont capables de faire, malgré les difficultés d’accès. Pour moi, avec mon regard d’occidental et d’athée, je trouve difficile d’admettre qu’un homme puisse utiliser de tels moyens juste pour laisser une trace de son passage sur Terre. C’est utiliser la foi des plus défavorisés pour alimenter son prestige. Les croyances sont parfois des trompe-l’œil qui servent à cacher la cupidité et la soif de pouvoir de certains hommes, qui, même s’ils sont prêtres, n’en restent pas moins humains…

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