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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 18:43

Peter Mayle, Un bon cru, traduit de l’anglais par Jean Rosenthal, New York : Alfred A. Knopf, 2004 ; Paris : Seuil (coll. « Points »), 2005, pour la traduction française, 275 pages.

C’est frais, c’est léger, un peu comme un rosé de Provence, l’été. D’ailleurs, l’histoire se passe dans le Vaucluse. C’est gentil aussi, un peu trop peut-être ? Quoi qu’il en soit, l’auteur semble s’amuser. Il se délecte de préjugés sur les Français, « esclaves de leur estomac », les Anglais, les Étasuniens, et de la confrontation de sympathiques personnages issus des trois pays. Je me suis amusée avec lui.

Morceaux choisis :

« Revenant à la grande porte, il introduisit une des clés dans le trou de la serrure. Elle refusa de tourner et il se souvint alors de la perversité toute française qui obligeait le mécanisme à fonctionner à l’envers des serrures anglo-saxonnes, constatant une nouvelle fois le génie des Français pour rendre la vie difficile aux étrangers et compliquer les choses les plus simples. » (p. 56.)



« – Ça ne vous gêne pas si je fume ?
 – Allez-y. Vous êtes en France, le paradis des fumeurs. » (p. 121)

« Max jeta un coup d’œil à sa montre –le réflexe inévitable de l’Anglais avant le premier verre de la journée – et se leva pour aller chercher une bouteille de rosé dans le réfrigérateur. » (p. 123)

« Elle attendait qu’il explose, ou au moins qu’il réagisse. Mais il s’était déjà drapé dans cette condescendance réfrigérante que l’Anglais adopte souvent devant des éclats affectifs, notamment quand ils sont provoqués par une femme ou un étranger. » (p. 143)

« Les propriétaires de ces superbes machines, des messieurs enveloppés dans du Lycra trop moulant, évoquaient des saucisses dodues et multicolores. (…) Tous se félicitaient, d’une voix qui dominait sans mal le brouhaha du marché, d’avoir accompli leur épuisante promenade matinale.
– Pourquoi les Américains sont-ils toujours les plus bruyants ? gémit Christie [américaine], assise avec Max à la terrasse d’un café. C’est gênant. » (p. 167)

« – Ne soyez pas trop sévère avec lui : les Français sont persuadés que tout se résout par le sexe. » (p. 200)

Si vous ne connaissez pas Peter Mayle, écrivain britannique installé en Provence, région qu’il affectionne, vous pouvez également le découvrir avec Une année en Provence ou encore Hôtel Pastis.

 

 


 

Jacques Roumain, Gouverneurs de la rosée, Port-au-Prince : Imprimerie de l’État, 1944 ; Éditions Presses Nationales d’Haïti, (coll. « L’intemporel »), 2007, pour la présente édition, 251 pages.

Lecture moins gaie que celle du roman cité ci-dessus…

Bien qu’il ait été écrit il y a une soixantaine d’années, ce livre dépeint une réalité tout à fait contemporaine pour nous. Ainsi, l’auteur traite de la déforestation par les habitants, pour produire du charbon, et de la sécheresse engendrée. Il raconte la vie d’Haïtiens, paysans, « malheureux » comme on dit ici ; la survie du quotidien et la foi d’un homme, revenu de Cuba, qui croit pouvoir trouver l’eau et échafaude des plans pour la canaliser jusqu’aux villages et aux plantations. Si vous souhaitez mieux comprendre des façons de vivre et d’être haïtiennes, lisez Gouverneurs de la rosée !

Jacques Roumain met en mots des impressions ressenties ici depuis près de deux ans. Si ses écrits m’ont tant parlé, c’est sans doute aussi parce qu’ils font écho à ce que nous vivons au quotidien. Je vous laisse en découvrir quelques extraits :

« – Maman, comment allez-vous vivre ?
– A la grâce de Dieu murmura Délira.
Elle ajouta tristement :
– Mais il n’y a pas de miséricorde pour les malheureux. (…)
– C’est traître la résignation ; c’est du pareil au même que le découragement. Ça vous casse les bras : on attend des miracles et la Providence, chapelet en main, sans rien faire. On prie pour la pluie, on prie pour la récolte, on dit les oraisons des saints et des loa [divinités afro-haïtiennes]. Mais la Providence, laisse moi te dire, c’est le propre vouloir du nègre de ne pas accepter le malheur, de dompter chaque jour la mauvaise volonté de la terre, de soumettre le caprice de l’eau à ses besoins ; alors la terre l’appelle : cher maître, et l’eau l’appelle : cher maître, et il n’y a d’autre providence que son travail d’habitant sérieux, d’autre miracle que le fruit de ses mains. » (pp. 59-60)

« Que veux-tu frère… On a éclairci pour le bois-neuf, on a coupé pour la charpente et le faîtage des cases, on a refait l’entourage des jardins, on ne savait pas nous-mêmes, l’ignorance et le besoin marchent ensemble pas vrai ? » (p. 66)

« – L’expérience est le bâton des aveugles et j’ai appris que ce qui compte, puisque tu le demandes, c’est la rébellion, et la connaissance que l’homme est le boulanger de la vie.
– Ah, nous autres, c’est la vie qui nous pétrit.
– Parce que vous êtes une pâte résignée, voilà ce que vous êtes.
– Mais qu’est-ce qu’on peut faire, est-ce qu’on n’est pas sans recours et sans remèdes devant le malheur ? C’est la fatalité, que veux-tu. » (p. 108)

« Il avait toujours regretté, Manuel, de ne pas savoir les écritures. Mais lorsque l’existence, grâce à l’arrosage, sera devenue meilleure, on demandera au Magistrat Communal du bourg d’installer une école à Fonds-Rouge. Il proposerait aux habitants de bâtir de bonne volonté une case pour l’abriter. C’est nécessaire l’instruction, ça aide à comprendre la vie. Témoin ce compagnero à Cuba qui lui parlait de politique, au temps de la grève. Il en savait des choses, el hijo de… su madre, et les situations les plus embrouillées, il te les démêlait que c’était une merveille ; tu voyais devant toi chaque question alignée sur le fil de son raisonnement comme du linge rincé accroché à sécher au soleil ; il t’expliquait l’affaire si clair que tu pouvais la saisir comme un bon morceau de pain avec la main. Il te la mettait comme qui dirait à ta portée. Et si l’habitant allait à l’école, certain qu’on ne pourrait plus si facilement le tromper, l’abuser et le traiter en bourrique. » (p. 194) Une justification, si besoin, de l’intérêt de notre action en Haïti… ?

Alors qu’il y a eu un mort, dans le village :
« Des habitants arrivent, d’autres s’en vont. C’est qu’il faut s’occuper de ces petits nègres restés à la case, aller manger un morceau. Ils retourneront pour la veillée. On a déjà installé dans la cour quelques tables et des chaises empruntées au voisinage. Une odeur de café et de thé à la cannelle se répand. Laurélien a prêté deux piastres, tout ce qu’il avait, pour acheter du clairin [alcool de canne à sucre]. Délira a juste assez d’argent pour payer le Père Savane (prêtre improvisé des campagnes haïtiennes) qui viendra lire les prières et bénir le corps. On n’a pas de quoi pour un enterrement à l’église. C’est trop cher et l’église ne fait pas crédit aux malheureux, c’est pas une boutique, c’est la maison de Dieu. » (p. 217)

 

 


 

Georges Orwell, La ferme des animaux, traduit de l’anglais par Jean Quéval, Londres : Martin Secker & Warburg, 1945 ; Paris : Editions Cham libre, 1981, pour la traduction française ; Paris : Gallimard (coll. « Folio »), 1983, pour la présente édition, 151 pages.

 

Je connaissais l’ouvrage, je l’avais même cité : « Les animaux sont tous égaux, mais certains le sont plus que d’autres » dans certains de mes mémoires du temps de mes études en sociologie. Mais, je ne l’avais jamais lu. C’est à présent chose faite et je ne le regrette pas !


Voici ce que nous dit la 4ème de couverture :

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :

« Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d’alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »

Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : « Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres. »

 


Sans révéler l’histoire et son issue, sa leçon ne pourrait-elle être que l’Humanité et l’humanisation conduisent nécessairement à l’inégalité et à l’injustice… ? Lecture recommandable et recommandée, tout particulièrement en ces temps post-électoraux !

 

 


 

Nick Hornby, Vous descendez ?, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, 2005, Paris : 10/18 (coll. « Domaine étranger », pour l’édition française.


Que font deux hommes et deux femmes, bien décidés à en finir, lorsqu’ils se retrouvent au sommet de la plus haute tour de Londres le soir du nouvel an ? Plutôt que de s’épauler pour sauter, ils décident de se regrouper, comme si l’ensemble allait leur permettre de faire front. Bien sûr, leur existence ne va pas changer du tout au tout, du jour au lendemain, bien sûr, les problèmes demeurent, bien sûr, ils auront de nouveau des envies suicidaires mais, à eux quatre, ils vont « émerger » progressivement.

Non, ce n’est pas un livre triste ! On sourit, on s’émeut et on prend plaisir !

Dans la rubrique « du même auteur », découvrez aussi Haute fidélité et A propos d’un gamin.

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