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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 19:06
"Swivi lakay" : un des volets du programme santé développé par Inter Aide dans les Cahos. Il s'adresse aux enfants qui souffrent de mal-nutrition et à leur famille.
Tous les mardis matins, sous la tonnelle du bureau à Pérodin, enfants et parents se réunissent pour une matinée de sensibilisation et de suivi des plus jeunes.

La séance est orchestrée par Estélus, coordonnateur de l'action (sur la photo ci-contre, il est accompagné de Carole, auxiliaire). Il commence par faire l'appel.

Puis, suit la prière -rituel respecté pour toute réunion- et la présentation des intervenants.
Les sujets abordés la semaine précédente sont rappelés. Cette fois-là : une fille de 14, 15 ou 16 ans ne doit pas tomber enceinte, une femme de 35 ans passés ne doit plus avoir d'enfants : la grossesse la fatiguerait trop, elle risquerait de perdre trop de sang.

Puis, le thème du jour est présenté : l'importance de la vaccination. Pour informer sur le sujet, la méthode utilisée se base sur une chanson que, tous, nous devons apprendre. On répète d'abord les paroles sans chanter :
" Mene timoun yo ale prann vaksen
Kont maladi kap fè anpil ravaj
Mene timoun yo ale prann vaksen
San pèdi tan pou yo pa mouri. "

(Allez faire vacciner les enfants / Contre les maladies qui peuvent faire beaucoup de mal / Allez faire vacciner les enfants / Ne perdez pas de temps pour qu'ils ne meurent pas.)
La chanson est composée de cinq paragraphes, par exemple : Certains adultes font preuve de négligence / Lorsqu'un enfant est malade / Ils ne le conduisent pas chez le médecin / Ils ne le font pas vacciner, ils le laissent mourir. Ou encore : Il y a des vaccins contre le tétanos / Il y a des vaccins contre la rougeole / Il faut que nous nous fassions vacciner contre ces maladies / Pour ne pas dire que c'est le diable qui va nous manger.

Le  coordonnateur explique les paroles de la chanson et comment se transmettent les maladies. Il précise : la coqueluche s'appelle ainsi car l'enfant atteint fait le bruit du coq ; pour éviter d'attraper le tétanos lors d'un accouchement, la matrone doit trancher le cordon ombilical avec une lame de rasoir propre, neuve.
L'animateur fait parler les parents, pose des questions. Certains suivent et répondent.

Ensuite, commence la pesée des enfants.
Il y a, ce jour-là, une trentaine d'adultes -dont sept hommes- tous accompagnés d'un bébé, et d'autres jeunes.




Pour la pesée, chaque petit est "enfilé" dans une sorte de grosse culotte bleue, avec une anse qui est accrochée à une balance, elle-même fixée à une poutre. L'animateur santé fait l'appel, la pesée se fait dans le calme. Néanmoins, quelques-uns n'apprécient guère l'exercice !




12,1 kilos ; 7,2 ; 6,3 ; 9,6 ; 5,7 ; 6,8 ; 11,5 ; 9,2 ; 8,6...

A ma gauche, un jeune garçon. Quel âge peut-il avoir ? 7 ans ? 10 ans ? Je lui pose la question, il ne sait pas. Dans ses bras, une petite fille dort. Ses bras et ses jambes sont très maigres.

Certains enfants, non encore suivis par le programme ou qui ne sont pas venus depuis longtemps sont aussi mesurés :


Ce ne sont pas toujours les parents qui accompagnent les plus petits. Parfois, c'est un grand frère ou une grande soeur qui est présent au rendez-vous du "swivi lakay" et qui s'occupe de tout.



 

L'animateur appelle un enfant. Le parent présente une carte, sur laquelle se trouve notamment une courbe de poids. Le coordonnateur note le poids et compare avec celui de la semaine précédente : "Il n'a pas grossi depuis la semaine dernière, vous ne lui donnez pas à manger ? " Il se renseigne sur l'état de santé du bébé : "Est-il malade ? Avez-vous des médicaments ? "...

Les informations recueillies, poids et tailles des enfants, sont consignées dans le "Chemin de la santé" (chemen lasante).

 

A la fin de la matinée, les parents quittent la tonnelle et vont voir Djéril (au premier plan sur la photo ci-dessous) qui leur donne le "colis" auquel ils ont droit chaque semaine :

  • - 1 "kola" (bouteille de soda vide) d'huile,
  • - 3 godets d'alkamil = maïs et pois moulus,
  • - 1/2 godet de krikri, petits poissons séchés.

Je crois que je m'attendais à voir des enfants encore plus amagris. Certains ne sont pas bien épais quand même ! Et puis, d'autres ont les cheveux "rouges", roux, symptôme de la malnutrition. Autre signe : le fait qu'ils soient, d'une manière générale, si calmes, si placides...


En fin de séance, l'un des parents présent rapporte une histoire : un prédicateur protestant condamne le "planin" (autrement dit les modes de contraception et le contrôle des naissances) lors de son prêche dominicain. Il affirme que le "planin, c'est pêché !" Le coodonnateur santé se fâche et s'oppose à ce type de discours qui peut avoir beaucoup d'effets sur les fidèles et être ainsi la cause de nombreuses naissances rapprochées. Il précise qu'il est lui-même protestant, que miss Carole aussi !


Mano, Isa, chers responsables du programme santé, n'hésitez pas à compléter, corriger, réagir...

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