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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
22 octobre 2006 7 22 /10 /octobre /2006 20:06

Mardi 17 octobre, dans la soirée, une agression a eu lieu à Chenot. Personne n’a été blessé. Les faits : des gens armés ont débarqué chez Ciliane, femme suisse qui travaille sur un projet santé et est installée dans la zone depuis plus de dix ans. Ils l’ont contrainte à sortir de chez elle et à se rendre au dispensaire pour prendre l’argent qui s'y trouvait. De nombreux coups de feu ont été tirés. Maréus, assistant du programme dont nous avons la charge pour la zone de Chenot, explique qu’il y avait des gens autour de chez lui et autour de la maison du père, bloquant les sorties, pour, selon lui, les empêcher de porter secours à Ciliane. Cela a duré de 22h à 1h ou 2h du matin. Maréus m’a appelée le lendemain, il dit qu’ils sont tous sous le choc, je veux bien le croire…

 

David lui a rendu visite jeudi. D’abord car il devait assister à la préparation du budget réel pour une école qui pose problème. Et puis, nous pensions que c’était une bonne idée d’apporter notre soutien à Maréus. David a appris que des coups de feu avaient de nouveau été tirés dans la journée de mercredi. Il semblerait donc que les auteurs de l’agression aient des complices dans la zone, à moins qu’ils n’en soient eux-même originaires.

 

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’événements se produit dans les Cahos au cours des dernières années. C’est la deuxième fois que Ciliane en est victime. En outre, il y a un an, la veille de notre arrivée en Haïti, la banque de Pérodin s’est faite braquée. Venait d’y être collecté tout l’argent des écolages (prix des inscriptions des élèves) payés par les parents à la rentrée scolaire. Une très forte somme d’argent a été dérobée (environ 500 000 gourdes, soit 10 000 euros). Deux ans auparavant, en octobre 2003, un couple d’expatriés d’Inter Aide, responsable du programme scolaire pour la zone de Chenot, s’était fait braqué chez lui. Ils gardaient dans leur maison tout l’argent des écolages pour les écoles de la zone. L’agression fut très violente. Depuis, la consigne est de ne plus garder « anpil kob » (beaucoup d’argent) chez soi. Sur le programme scolaire, nous l’appliquons !

 

Le fait qu’il n’y ait plus de banque à Pérodin ne facilite pas la vie des gens ici ! Ainsi, chaque mois, membres des comités de gestion des écoles et maîtres doivent s’organiser pour aller chercher à Petite Rivière –à 8 heures de marche de Pérodin, autant de Chenot- l’argent des salaires des enseignants.

 

Il n’y aura sans doute aucune suite à l’agression de Chenot… La justice et la police sont quasi-inexistantes dans les Cahos ; on ne saurait même pas trop vers qui se tourner pour porter plainte… Certains disent qu’une des solutions serait que quelques-uns se rebellent et fassent justice eux-mêmes…

Insolite ou quotidien ? Les coups de feu, dans les Cahos, c’est assez rare finalement.

Mais, la violence y prend également d’autres formes, celui des coups de machettes par exemple. Vendredi matin, 20 octobre, nous avons appris qu’une femme avait été blessée, du côté d’Ingrand, localité voisine de Pérodin. Il s’est avéré qu’un homme avait donné plusieurs coups de machette, dont un sur la nuque, à sa sœur, enceinte. Comme souvent dans ces cas là, très vite tout le monde est au courant et on connaît les détails, plus ou moins romancés de l’affaire. Un homme était très en colère et menaçait de s’en prendre violemment à son père. Son frère, sa mère et sa sœur se sont interposées. Tous ont reçu des coups de machettes. C’est la femme enceinte qui a été le plus atteinte. En fin de matinée vendredi, des gens l’ont descendue sur un brancard jusqu’à l’hôpital de Petite Rivière. Ici, on nous a dit être peu optimistes quant à ses chances d’en réchapper… Le (l’unique ou presque) représentant de la police pour la région de Pérodin a arrêté l’auteur des actes et l’a battu pour non seulement le punir mais aussi « faire sortir le diable de son corps ». Et oui, il y a forcément un « bagay mistik » dans cette histoire ! Notre entourage est formel : il ne pourrait en être autrement car un être normalement constitué ne peut pas s’en prendre ainsi à des individus, qui plus est des membres de sa famille, des gens qui vivent sous son toit. Il est donc victime de quelqu’un qui lui veux du mal et qui, grâce à un « bagay mistik » l’a rendu fou… Le policier a ensuite envoyé le coupable à Petite Rivière, en prison sans doute.

 

Fin de l’histoire, pour le moment… Pour nous, cela restera insolite finalement…

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21 octobre 2006 6 21 /10 /octobre /2006 16:39




Juste un petit mot pour vous présenter Maëlle, ma nièce.

Une pensée affectueuse également pour Gabriel et Lou-Anne, deux nouveaux venus que nous avons eu la chance de connaître cet été.

David
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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 21:14

« En Haïti, on pratique le vaudou » : phrase toute faite que nous entendons sur le pays. Si nous considérons les manifestations, les cérémonies vaudoues au sens strict, nous n’en entendons, finalement, pas beaucoup parlé. Certes, pendant le carnaval, au mois de février, des « rara », groupes de musique traditionnels et vaudous se réunissent ; certes, lors de fêtes de villages, il nous est arrivé de voir des danses vaudoues. Mais, ce n’est pas tous les jours ! Cela signifierait-il pour autant que « le vaudou » n’est pas si présent que ça ? Que nenni : il fait partie intégrante de la vie des gens, nous en faisons l’expérience presque chaque jour. Ainsi, nombre de conversations traitent de « bagay mistik », littéralement : « chose mystique ».

Laissez-moi vous conter de petites histoires…

Lorsque nous sommes revenus dans les Cahos en septembre, nous avons appris que de la magie avait été faite sur notre maison, à Pérodin. La « chose » nous a été montrée. Devant la petite pièce qui sert de chambre au gardien, à côté de la maison, avaient été déposés une corde tressée, du rapadou (sucre de canne solidifié) et un petit fouillis d’herbe séchée. L’interprétation du message fut limpide pour les initiés : l’action magique avait pour but d’engendrer la douceur et la honte. Ainsi, sans que nous puissions en jurer car l’acte n’avait pas été perpétré directement devant notre maison, « on » aurait voulu nous rendre plus « doux », plus affable peut-être, et « on » aurait voulu que nous ressentions de la honte… Or, juste avant de rentrer en France, au mois de juillet dernier, nous avons du nous séparer du gardien de la maison, soupçonné d’avoir détourné de grandes quantités de ciment. Pour les personnes ayant interprété les signes, il ne fait aucun doute qu’il y a un lien plus qu’étroit entre les deux affaires… Oui, pourquoi pas ? Pour l’anecdote, j’ai rétorqué que j’étais déjà douce ! Qui a dit que ce n’est pas vrai ?

Autre histoire : OKPK, association haïtienne partenaire d’Inter Aide –et donc avec laquelle nous travaillons- a recruté une personne au cours de l’été. Avant de signer son contrat, fin juillet, le nouveau salarié a passé une semaine au centre de formation d’OKPK, à Sterling, pour voir si le poste et les conditions de travail et de vie lui convenaient. On peut donc supposer qu’il ait dit oui en connaissance de cause… Or, début septembre, le monsieur a fait savoir à OKPK qu’il démissionnait pour cause d’un « bagay mistik » : depuis la chambre dans laquelle il dormait, il entendait des bruits dans la cour du centre, la nuit, il y avait un loup-garou, il en était sûr, il faisait des cauchemars… Malgré les tentatives de l’équipe pour le retenir, Mikado –c’est son nom- est effectivement parti, nous avons relancé le recrutement.

Dernière histoire : Fanny, une femme de notre entourage, découvre que son mari a une liaison avec une autre femme. Elle affirme alors que deux choix s’offrent à elle : partir vivre à Port-au-Prince –et rejoindre ainsi quatre de ces cinq enfants- ou faire un « bagay mistik » pour évincer l’Autre. Moi, occidentale, je lui demande si elle n’a pas essayé de discuter avec son mari… Fanny m’affirme que l’une de ses filles, âgée d’une vingtaine d’année, a déjà tenté de « faire du dialogue » avec son père mais cela n’a rien donné, discuter ne sert à rien ! Finalement, elle décide de faire appel aux service d’un « Bokò » (beau corps), sorcier vaudou. Et, ça marche ! La maîtresse de son mari a quitté la zone le lendemain de l’acte magique. A présent, Fanny, qui a déjà dépensé la moitié de sa paye (500 gourdes, soit 10 euros) pour acheter les ingrédients nécessaires à la magie, doit rémunérer le bokò. Elle lui doit au moins 1 000 gourdes. Elle juge cela tout à fait normal puisque le sort s’est avéré efficace. Elle a convenu avec le sorcier qu’elle le payerait par tranches successives jusqu’au mois de décembre. D’abord, parce qu’elle n’a pas les moyens de faire autrement. Et puis, ajoute-elle, maligne, parce que la jeune femme est partie certes mais elle pourrait revenir ! Il lui faut donc un certain temps pour s’assurer de la force et du pouvoir de la magie pratiquée…


Si le sujet vous intéresse, je vous en reparlerai : notre quotidien fourmille d’anecdotes « mistik ». Evitez, peut-être, d’y penser avant de dormir… ;-) !

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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 20:51
Le texte ci-dessous faisait l'objet d'un mail collectif envoyé à ma mailing-list fin avril 2006, soit un peu plus de six mois après notre arrivée en Haïti...


J'aime, j'aime pas… Oubyen : ki sa m'renmen, ki sa m'pa renmen nan peyi Dayiti !


Je n'aime vraiment pas la triste nouvelle que nous avons apprise il y a quelque jours : Jacques Romulus, directeur de l'OKPK –association haïtienne pour laquelle nous travaillons même si nous demeurons salariés d'Inter Aide– a fait une hémorragie cérébrale le 12 avril. Il est aujourd'hui hospitalisé à Port-au-Prince et son état de santé s'améliore semble-t-il. Au début, l'ensemble du côté gauche de son corps était paralysé et il était inconscient. Aujourd'hui, il peut murmurer quelques mots et
bouger un peu ses membres côté gauche. Bien conscients de la gravité de la maladie, nous gardons espoir de revoir Jacques, homme formidable aussi bien professionnellement qu'humainement, en bonne santé prochainement.

Je n'aime pas du tout du tout ne pas encore avoir eu le plaisir de faire la connaissance de Gabriel, Sarah, Diminga, Marie-Lou, Maëlle tous bébés nés après le 15 octobre 2005, date de notre départ en Haïti. L'occasion pour moi de vous annoncer que David est sur le point d'être tonton d'un moment à l'autre, nous attendons la nouvelle… Je n'aime pas non plus l'idée de ne pas être là lorsque Lou-Anne, petite Lorraine, pointera le bout de son nez dans quelques semaines…

J'aime l'expérience que nous vivons, à deux, ici.

J'aime entendre les gouttes de pluie tomber sur les tôles du toit de notre maison, même si parfois c'est tellement fort qu'en n'entend plus rien d'autre ! La semaine dernière, nous avons même eu de la grêle.

J'aime ce projet communautaire qui voit des parents d'élèves, dont certains sont analphabètes, s'engager bénévolement dans la gestion de l'école de leurs enfants.

Je ne sais pas trop si j'aime marcher sous la pluie –et donc dans la boue, attention aux glissades !- mais, tout bien considéré, n'est-ce pas préférable aux marches en plein cagnard ?

Je n'aime pas trop certaines manières de faire ici en matière d'enseignement. La plupart des apprentissages étant basés sur le « par cœur », les élèves répètent et répètent et répètent jusqu'à pouvoir réciter mais sans comprendre toujours le sens de leurs propos. En outre, bien que, officiellement, le créole soit la langue d'enseignement et que le français devrait être, toujours selon les textes, enseigné comme une langue étrangère, certains enseignants s'obstinent à écrire et/ou à parler à leurs élèves en français, en faisant souvent beaucoup de fautes et sans être compris. Et puis, quoiqu'en disent les textes du Ministère de l'éducation nationale, les sujets des examens officiels sont aujourd'hui rédigés dans une seule langue, le français. Il semblerait que, dans ce domaine, on ait d'ailleurs régressé : Jacques rappelle qu'auparavant les examens étaient proposés dans les deux langues, français et créole, ce qui donnait le choix aux élèves.

La saison des pluies étant revenue, depuis début avril environ, il pleut souvent, l'après-midi. J'aime, le soir m'endormir au chant des grenouilles.

J'aime apprendre et communiquer en créole ; j'aime me dire que lorsque je quitterai Haïti, je maîtriserai à peu près une autre langue.

J'aime discuter avec Fanny, la dame qui vient de temps en temps faire un peu de ménage dans la maison de Pérodin. Elle m'en apprend chaque fois un peu plus sur la culture haïtienne, intéressante à découvrir à bien des égards. Un régal pour une ancienne étudiante en socio-anthropologie ! Et puis, Fanny fait un excellent pain !

Je n'aime pas ne pas avoir le choix de la température de l'eau pour la douche. A Port-au-Prince, il fait chaud, l'eau est froide, ça rafraîchit, jusqu'ici tout va bien. Dans les Cahos, altitude oblige, nous n'avons pas toujours très chaud et, l'eau pour la douche –eau des pluies recueillie dans une citerne à laquelle nous pompons pour avoir de l'eau au robinet– est quasiment toujours froide ! Brrr… Mais, à certaines heures de la journée, s'il y a eu du soleil, l'eau a été chauffée dans les tuyaux et nous avons le droit à une douche chaude. J'aime ! Quel luxe alors !

Je n'aime pas trop entendre les rats faire du ski ou du surf –au choix selon David- sur les tôles du toit.

Je n'aime pas qu'il y ait des crottes de rats dans la douche, à Médor, ni ailleurs dans la maison à Pérodin ! Vivement que l'on ait de nouveau un chat !

J'aime que nous vivions à présent seuls dans notre maison. En effet, lorsque nous sommes arrivés en Haïti, nous étions trois (Julien, pour le programme café, David et moi) pour remplacer deux personnes. Il était donc convenu que nous habiterions deux maisons différentes mais, les locaux n'étant pas légion dans les Cahos, il nous fallait au préalable faire construire un nouveau bureau pour remplacer l'existant qui deviendrait alors la maison de Julien (vous suivez ?). David s'est attelé au chantier de construction de ce bureau et ce ne fut pas une mince affaire ! Cela a pris environ quatre mois de plus que prévu au départ… Si bien que nous n'avons emménagé dans le nouveau bureau que ce mois-ci et que Julien a intégré ses murs il y a un peu plus d'une semaine maintenant. Nous nous entendons bien avec Julien, il n'y a pas de problème, mais cette cohabitation n'était pas toujours facile. Je crois que le problème viens surtout du fait que les choses n'aient pas été claires au départ. Il ne s'agissait pas vraiment d'une colocation à trois –avec des règles qui aurait pu la régir- mais ce n'était pas non plus comme si Julien était hébergé chez nous. Disons que nous sommes contents de retrouver un peu d'intimité et que nous apprécions de désormais retrouver le matin les toilettes dans l'état dans lequel nous les avons laissés la veille…

J'aime les mangues qui ont fait leur réapparition sur les marchés. J'aime les bananes aussi !


J'aime faire des dessins avec du vernis sur mes ongles de pied et, au passage, j'aime bien être en tongs ou sandales quasiment tous les jours…


J'aime cueillir des orchidées dans les arbres autour de la maison à Pérodin, ce n'est arrivé qu'une fois...



Je n'aime pas trop devoir négocier longuement avec des maîtres parce que les caractéristiques même du programme ne permettent pas de les rémunérer comme il faudrait. En effet, souhaitant aller vers l'autonomisation progressive des écoles, OKPK et Inter Aide ne financent pas à 100% le salaire des enseignants mais donne une subvention pour ce faire aux comités de gestion des écoles. Le reste du salaire des maîtres est payé avec l'argent des écolages, versé par les parents à chaque rentrée scolaire pour la scolarisation de leurs enfants. Ainsi, les maîtres sont mal payés et revendiquent ! Il faut dire qu'ils ont de quoi : alors que le salaire minimum quotidien fixé par l'État
est de 72 gourdes, le salaire moyen quotidien des maîtres dans les Cahos est inférieur à 68 gourdes. Par exemple, dans les zones de Médor et Pérodin, le salaire mensuel des professeurs est de 1100 à 1300 gourdes (de 22 à 26 euros environ). Faible rémunération oblige, nous devons également faire face à de grandes difficultés pour trouver des candidats pour les postes vacants. Une solution pour pallier le déficit d'enseignant, serait donc d'augmenter le salaire maîtres. Pour ce faire, difficile d'envisager une hausse de la subvention accordée par l'OKPK, ce serait revenir en arrière dans le processus d'autonomisation des écoles. Il faudrait alors augmenter le montant des écolages mais cela est-il envisageable compte tenu des difficiles conditions de vie dans les mornes et de la pauvreté d'une majorité de parents ? Néanmoins, plusieurs de mes collaborateurs soulignent qu'il y aurait,
dans les Cahos, des parents qui, envisageant la vie au jour le jour, ne voient pas la nécessité de l'éducation. Ils semblent préférer investir dans l'achat de terres, par exemple, plutôt que dans la scolarisation de leurs enfants. Une piste d'action pour nous serait alors d'accentuer le travail de sensibilisation sur les avantages et les bienfaits de l'école et ainsi viser une augmentation des effectifs sur les bancs. A suivre…

J'aime assez devoir me déchausser pour traverser des rivières lorsque nous marchons, c'est frais, c'est agréable, même si, certains cailloux font mal aux pieds et qu'il faut les remettre mouillés dans les chaussettes et les chaussures de randonnée.

J'aime le rhum (ici c'est du Barbancourt) en particulier avec du jus de chadèque, sorte de pamplemousse.

Je n'aime pas du tout les gros trous sur la route nationale qui nous secouent comme des pruniers, même si on les prend à petite vitesse ! De fait, je n'aime pas trop être secouée en voiture, que ce soit sur la route ou la piste. Je n'aime donc pas vraiment les trajets motorisés en Haïti...


J'aime me dire que je fais du sport tout en travaillant lorsque nous marchons dans les mornes haïtiennes.



J'aime voir David jouer avec Maga, notre chienne, berger malinois.
Pour être tout à fait précise, il s'agit en fait de la chienne du programme, achetée par nos prédécesseurs pour les protéger...



Je n'aime toujours pas devoir gravir les grosses pentes. Sans doute suivant la règle selon laquelle le plus court chemin pour aller d'un point A à un point B c'est la ligne droite, les chemins que nous empruntons ont parfois été tracés à flanc de colline, direct de la base au sommet ! Je croyais pourtant qu'il était préférable de faire des lacets pour se déplacer en montagne ?

J'aime l'ombre des nuages et l'air d'une petite brise lorsque nous marchons aux heures les plus chaudes de la journée. Et l'ombre des arbres me direz-vous ? Il ne faut pas trop la chercher ! Le déboisement a fait des ravages dans les Cahos, par vagues successives et pour des raisons diverses, semble-t-il, depuis l'indépendance en 1804. Jacques, directeur de l'OKPK et Haïtien, me racontait que lorsqu'il est arrivé dans la région il y a une vingtaine d'années, tout était vert, à toutes saisons, on pouvait cueillir plein de fruits dans les arbres le long des routes… Depuis, beaucoup d'arbres ont été abattus pour en faire du charbon. En effet, dans les années 1980, des cas de peste porcine ont été recensés en Haïti. La décision a alors été prise par le gouvernement de faire abattre tous les cochons alors que chaque spécimen représentait la « banque des paysans », selon l'expression ici. Julien, responsable de programme café, qui a réalisée une étude sur la couverture végétale dans les Cahos, ajoute que les États-Unis ont fait pression pour l'abattage systématique de tous les porcs, sans refaire des tests pour savoir s'il existait encore des cas de maladies. Cela coïncidait avec une période ou le porc haïtien concurrençait l'américain aux État-Unis… Je n'ai pas vérifié l'information, je vous la livre donc avec toutes les précautions d'usage. Privés d'une de leurs principales sources de revenus, les habitants des mornes ont abattu bien des arbres pour faire du charbon et ainsi subvenir à leurs besoins. Aujourd'hui, le porc a refait son apparition dans les Cahos. Printemps oblige (?), il y a pas mal de petits cochons !

J'aime le moment où l'on arrive au relais d'Inter Aide à Port-au-Prince, où l'on branche notre ordinateur portable et où l'on attend la connexion pour pouvoir consulter nos mails après plusieurs semaines sans nouvelle. Patienter le temps que l'ordinateur se mette en route, que la page Internet soit trouvée, que je puisse me connecter à ma messagerie, etc. A la fois le plaisir et la torture de l'attente ! Tu vas bien quand ça marche !

J'aime, lorsqu'on prend la route pour Port-au-Prince, le moment où nous sommes suffisamment proches de la capitale pour pouvoir capter Radio France Internationale et ainsi avoir des nouvelles du monde.

J'aime les repas pris à l'ombre sur la terrasse de la maison que nous louons avec deux autres couples à Port-au-Prince. David précise qu'il affectionne tout particulièrement les petits déjeuners, peut-être parce qu'il aime prendre son temps dans un cadre agréable le matin ?



Je n'aime pas faire de la spasmophilie. Chez moi, cela se manifeste par l'impression d'avoir une boule dans la gorge, une lourdeur sur le thorax, et cela arrive bien trop souvent à mon goût.

J'aime lire, heureusement… Le temps paraîtrait encore bien plus long sinon…

Je n'aime pas me souvenir que cela fait plus de six mois que je n'ai pas fait la fête ou du moins rien digne de ce nom !

J'aime vous écrire et lire vos lettres et mails. Attention, il semblerait que le rythme se relâche de votre côté ces dernières semaines. Le printemps vous prendrait-il tellement de temps que vous n'en avez même plus pour nous envoyer un petit mail ? Allez, on s'y met, c'est une question de santé mentale et morale pour moi !

Je n'aime pas être loin de vous, toujours pas, désespérément pas !



Tout ceci est encore vrai...

Le 17 octobre 2006, j'ajoute : j'aime Cannelle !
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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 15:55
























































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David et Nelly - dans Quotidien
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14 octobre 2006 6 14 /10 /octobre /2006 15:06

Voici, c'est la vue que nous avons du bureau. C'est pas mal... Qu'est ce que vous préférez ? Voir ça où la tour Eiffel ? Ca n'est pas la peine de chercher les routes, il n'y en a pas ! Dans le bas de la photo, vous pouvez voir le toit du dispensaire et ses panneaux solaires, qui fournissent l'électricité tout au long de l'année. Nous utilisons le même principe au bureau, à la maison...

Le bureau... Sa construction n'a pas été facile. Il n'est pas simple de faire construire une kay (maison en créole) dans les Cahos. Tous les sacs de ciment (et tout le matériel) montent à tête d'homme, il faut acheter les roches une par une, acheter un simili sable que les gens vont chercher à la rivière et vendent par seau, ... A gauche, vous pouvez voir la parabole qui nous permet de communiquer avec le reste du monde.  A droite, il y a une grande tonnelle ouverte où sont dispensées les formations.







Voici l'intérieur du bureau. La belle amazone qui travaille, c'est Nelly.
C'est très lumineux, n'est ce pas. Le toit est en tôle ondulées? Imaginez la cacophonie quand il pleut !






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David et Nelly - dans Quotidien
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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 19:27

-Vendredi 6 octobre, 8h10-

Nous quittons la maison de Maréus, à Chenot, pour nous rendre à l'école de Facoune. La « route » (nous on dirait chemin) est particulièrement mauvaise du fait de la saison des pluies et, plus particulièrement, des averses de la veille : boue, roches glissantes, pentes difficiles à escalader, etc. Nous mettons 2h45 pour rejoindre l'école. Nous la visitons, échangeons quelques mots avec les enseignants et nous réunissons avec le comité de gestion de l'école composé de parents d'élèves et de maîtres. Réunion intéressante et assez longue. Dans cette école, le nombre d'élèves inscrits pose problème cette année. En effet, alors que la date officielle des inscriptions est déjà dépassée, il n'y a que 94 élèves contre 292 inscrits l'année dernière. En outre, la construction de trois salles de classes a commencé mais le chantier stagne. Résultat : le ciment entreposé dans l'école durcit... Nous discutons de tous ces points avec le comité. Visite intéressante donc. Ci-dessous deux photos de l'école et quelques autres à la fin de l'article.

Pour le retour, nous avions décidé de rallier directement Pérodin, chez nous, plutôt que de passer à nouveau une après-midi et une nuit à Chenot et rentrer samedi matin comme nous l'avions envisagé au départ. Nous savions que pour aller de Facoune à Pérodin, il fallait passer par l'école de Marouge, sur la zone de Pérodin, mais nous ne connaissions pas la première partie du trajet. Nous imaginions néanmoins que ce serait assez long.


Départ de Facoune à 13h30. Nous déjeunons de deux bananes.



Nous trouvons la route de Marouge sans trop de difficultés. Ça monte et il fait vraiment très chaud... Dur ! Nous marquons une pause pour manger une mangue.

Arrivés à Marouge -il est 15h40-, nous passons devant l'école et redescendons la montagne.




Nous avons déjà fait ce trajet une fois et pensons donc pouvoir le retrouver. Nous savons qu'il nous faudra traverser la rivière ou alors longer son lit.                                                          

 Le soleil s'est caché derrière les nuages, il fait plus frais, la marche est plus agréable.

Il commence à pleuvoir peu après le début de la descente. Au début, c'est léger, ça rafraîchit. Tout va bien...

Quelques minutes plus tard, l’orage gronde. On évite de passer sous les arbres, il pleut fort. On met le téléphone et ma montre à l'abri dans des sacs en plastique dans nos sacs à dos. Ça glisse sur la terre rouge argileuse, on est trempé.

Arrivés en bas, nous traversons la rivière deux fois et, à un croisement, optons pour un chemin qui monte. Nous grimpons donc. Le chemin s'est transformé en ruisseau, nous escaladons plutôt que nous ne marchons. Il pleut toujours. Nous avons bien conscience de nous être trompés mais il nous est difficile de rebrousser chemin. David dit : « Ce serait du suicide de descendre par là où nous sommes montés ! » Il aime bien exagérer un peu...

Un fois en haut, nous scrutons le paysage et, malgré la brume et la pluie, l'impression se confirme : on est pas sur la bonne route ! Nous apercevons une habitation légèrement en contre-bas et décidons d'aller nous renseigner. Ce fut une bonne idée…

Un couple habite là. Le monsieur nous reconnaît, il est bénévole au sein du comité de gestion de l’école de Bois d’Ortie. Nous ne sommes d’ailleurs pas très loin de l’établissement. Monsieur et Madame, surtout Madame, nous déconseillent fortement de repartir : il pleut toujours, nous ne sommes pas habitués à la zone, nous ne saurons pas traverser la rivière qui monte beaucoup par temps de pluie. Nous, on insiste, on veut arriver à Pérodin aujourd’hui et avant la nuit. Nous demandons donc quel est le plus court chemin et nous repartons. Ça descend à présent, nous suivons les indications données précédemment et nous nous retrouvons presque à faire de l’escalade à l’envers tellement la pente est raide ! Monsieur nous a rejoint d’ailleurs, sous la pluie. Sa femme a du lui dire : « Ne les laisse pas partir comme ça surtout ! » Nous avions pourtant décliné l’offre d’accompagnement plusieurs fois… Bref, le voilà parmi nous et… c’est tant mieux ! Nous traversons une première fois : deux pas suffisent pour nous faire enjamber un mini-bras de la rivière. Puis, nous longeons le cours d’eau, suivant notre guide qui nous amène jusqu’à un endroit d'où il sera plus facile de gagner l’autre rive. Il entre dans l’eau pour s’assurer que nous pouvons le suivre et nous le rejoignons. Heureusement qu’il était là finalement, nous n’aurions sans doute pas oser traverser seuls. L’eau nous arrive jusqu’aux fesses, enfin les miennes, toujours. Le courant est fort, nous luttons un peu. Je consulte David pour savoir de combien était la largeur de la rivière : au moins 20m, selon lui. Je doute un peu mais bon, c’était assez large ! Notre guide poursuit sa route jusqu’à un point que nous reconnaissons. Nous remercions chaleureusement et assurons que nous pourrons continuer seuls. Notre « sauveur » s’appelle Sidoine Péticar.

Nous poursuivons donc et savons qu’il nous faudra « enjamber » (comme on dit ici) le cours d’eau une dernière fois, au moins. Nous parvenons à la rivière. Elle est grosse !! David fait deux pas dans l’eau mais cela s’avèrerait trop dangereux de traverser. Nous nous apprêtons donc à attendre que le niveau baisse. La pluie s’étant arrêtée, cela devrait arriver, un jour… Quand un homme surgit ! Il nous a vu de loin, il ne pouvait pas nous laisser comme ça, c’est dangereux, surtout pour des gens étrangers à la région, etc. Et nous revoilà avec un guide qui nous fait longer la rivière jusqu’à un endroit d’où il sera, potentiellement, plus facile de traverser. Arrivés à destination, toujours trempés –il y a belle lurette que nos chaussures font « floc, floc » quand on marche (dixit David)-, le niveau de l’eau est toujours trop haut. On attend donc. De l’autre côté de la rive, sont arrivés un jeune garçon et un monsieur. Ils échangent quelques mots avec notre guide. L’attente dure quinze minutes, vingt peut-être. L’homme, de l’autre côté, dit à notre guide qu’il n’est pas courageux, qu’il n’ose pas se jeter à l’eau… Et puis, après avoir pris soin de retirer ses vêtements et seulement vêtu de son slip, le monsieur traverse finalement et vient à notre rencontre. Le jeune garçon nous rejoint également. Cela n’a pas l’air si compliqué à première vue… Nous comprenons que le monsieur –dont nous découvrons l’anatomie, sous-vêtement trop lâche oblige !- va nous faire traverser… Je me lance la première, mon guide me tient très très fermement la main, il ne la lâchera que de l’autre côté. L’eau arrive jusqu’à mi-torse, le courant est fort, il faut lutter contre, tenter de ne pas trébucher sur le fond pierreux. Je n’aurais pas su traverser toute seule. Le guide repasse de l’autre côté et va chercher David, qui s’inquiète fort pour son sac à dos : s’il est mouillé, le tout nouvel appareil photo numérique qui s’y trouve risquerait de ne pas aimer… J’encourage David et lui dis de ne lâcher la main du guide sous aucun prétexte. C’est dur mais ça passe !

Je me souviens d’une photo de mes parents, prise quelque part en Afrique : ils traversent une rivière, visages concentrés, bien attachés l’un à l’autre. Le niveau de l’eau ne paraît pourtant pas très élevé… Je comprends à présent mieux ce que cela signifie… Même si ce n’est pas profond, l’effort à déployer pour lutter contre le courant d’une rivière et éviter de tomber est loin d’être insignifiant !

David et moi sommes à présent tous les deux sur l’autre rive, il nous faut à présent grimper à Pérodin. De nouveau, ça glisse, on escalade parfois plus qu’on ne marche, etc. Vous connaissez la chanson à présent non ?

La nuit commence à tomber, nous arrivons enfin chez nous ! Maga nous fait la fête, malheureusement Cannelle n’est pas revenue. Il est 19h !

L'appareil photo est intact. Nous chauffons de l'eau sur la gazinière pour nous doucher. Ça fait du bien !

Alors, pensez-vous que le terme de « périple » s’applique à notre journée de vendredi ? A vous de le dire…

Nelly


 

 

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David et Nelly - dans Insolite
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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 14:47






Zandolit

Il y a ici beaucoup de petits lézards très colorés. En créole, ils sont appelés zandolit. Ils peuvent mesurer jusque 30 à 40 cm.
























Ti koulèv nwa madlèn

Cette couleuvre, apparement innoffensive peut  atteindre jusque 1m.






Waganègès

C'est un oiseau assez gros, qui a de très belles couleurs et un cri assez perçant. Ses yeux sont cerclés de rouge.












Papyon

Il y en a plein en Haïti. De toutes les couleurs, certains sont plus grands qu'une main. Il nous est arrivé d'en voir des nuées sur la côte des Arcadins.











Chapantye
C'est le cousin de Woody Woodpecker, le fameux pivert. Il est très beau, jaune et vert tacheté de rouge. Quand on entend toc toc toc toc, c'est qu'il n'est pas loin.
Il est en ce moment sur une fleur de bananier.













Jenmichet

C'est un rapace... Nous n'avons pas d'autres infos, mais si quelqu'un en a , qu'il n'hésite pas.













Zarinye

Voici une mygale qui se baladait dans notre maison. J'utilise l'imparfait parce qu'elle a rejoint le paradis des mygales. Celle-ci est particulièrement grosse, à peu près comme ma main.




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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 23:26
 
Voici notre maison à Pérodin. Elle a tout le confort, sauf une route pour y arriver. En effet, nous laissons la voiture à une heure de marche. Ce n'est pas toujours marrant, surtout pendant la saison des pluies (c'est-à- dire en ce moment).


Si vous aimez les chaussures propres et bien cirées, ne venez pas nous voir !




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David et Nelly - dans Quotidien
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18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 17:01

ou pas grand chose mais ça fait peur !

Ce midi, avec une collègue, nous sommes allés manger à « Épi d'or » (pour résumer : grand snack qui serait un croisement entre un Mac Do et une boulangerie française).

En sortant, nous discutions tous les trois devant la porte quand nous avons entendu une détonation et vu des gens se précipiter vers l'entrée d'Épi d'Or. Nous avons fait de même, nous nous sommes rués à l'intérieur et avons cherché à nous abriter. Certains clients se sont d'ailleurs réfugiés sous les tables. Il s'agissait en effet de coups de feu, je crois bien qu'il y en a eu trois. Deux gendarmes des Nations Unies, présents dans le restaurant, ont dégainé leurs armes et sont allés voir ce qui se passait. Le calme était alors revenu, les gens ont commencé à se diriger vers la sortie. Pour plus de sécurité, nous sommes allés demander aux deux gendarmes si nous pouvions sortir sans risque. Ils nous ont répondu qu'il n'y avait pas de problème : c'était le gardien d'à côté (une banque je crois) qui avait tiré en l'air car un attroupement se formait autour de lui. Les gendarmes avaient touché le canon de son fusil qui était chaud, ce qui confirmait les faits selon eux.

Finalement, ce n'était donc pas grand chose mais cela a soulevé une petite panique parmi les personnes présentes, assez nombreuses, peut-être parce que toutes ont eu rapidement conscience que ça aurait pu être pire ?

Pour ma part, c'était la première fois en un an que je faisais de manière aussi proche l'expérience des coups de feu, phénomène assez logique finalement au vu du très grand nombre d'armes présentes dans la rue (sans compter les militaires internationaux et les policiers haïtiens, les vigiles aux portes des supermarchés, les gardiens des maisons, des établissements bancaires, etc. sont tous armés)...

Nelly

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