Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Carte

Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
4 novembre 2006 6 04 /11 /novembre /2006 15:43
Lundi 30 octobre
Café Albert
13h00.


Très peu de clients le midi, rien à voir avec l'affluence du soir.






Pour les deux : tapenade sur petits toasts qui accompagnent la Prestige (bière nationale) et le jus de fruit.

Pour lui : filet de beuf sauce roquefort, pommes de terre sautées et petits légumes ; profiteroles au chocolat.

Pour elle : salade de gésiers, un peu trop cuits peut-être les gésiers, et tarte à tatin.

Ca fait du bien de manger de la viande, ce n'est pas tous les jours...
C'était bon et dans un cadre agréable, qui plus est à la portée de nos bourses (1765 gourdes soit, environ 36 euros pour deux).





Dites, on peut travailler pour le guide du Routard à présent ? D'autant qu'il n'y en a pas pour Haïti...


Ah oui, c'est vrai, il n'y a pas non plus de touristes en Haïti...
Repost 0
22 octobre 2006 7 22 /10 /octobre /2006 20:06

Mardi 17 octobre, dans la soirée, une agression a eu lieu à Chenot. Personne n’a été blessé. Les faits : des gens armés ont débarqué chez Ciliane, femme suisse qui travaille sur un projet santé et est installée dans la zone depuis plus de dix ans. Ils l’ont contrainte à sortir de chez elle et à se rendre au dispensaire pour prendre l’argent qui s'y trouvait. De nombreux coups de feu ont été tirés. Maréus, assistant du programme dont nous avons la charge pour la zone de Chenot, explique qu’il y avait des gens autour de chez lui et autour de la maison du père, bloquant les sorties, pour, selon lui, les empêcher de porter secours à Ciliane. Cela a duré de 22h à 1h ou 2h du matin. Maréus m’a appelée le lendemain, il dit qu’ils sont tous sous le choc, je veux bien le croire…

 

David lui a rendu visite jeudi. D’abord car il devait assister à la préparation du budget réel pour une école qui pose problème. Et puis, nous pensions que c’était une bonne idée d’apporter notre soutien à Maréus. David a appris que des coups de feu avaient de nouveau été tirés dans la journée de mercredi. Il semblerait donc que les auteurs de l’agression aient des complices dans la zone, à moins qu’ils n’en soient eux-même originaires.

 

Ce n’est pas la première fois que ce genre d’événements se produit dans les Cahos au cours des dernières années. C’est la deuxième fois que Ciliane en est victime. En outre, il y a un an, la veille de notre arrivée en Haïti, la banque de Pérodin s’est faite braquée. Venait d’y être collecté tout l’argent des écolages (prix des inscriptions des élèves) payés par les parents à la rentrée scolaire. Une très forte somme d’argent a été dérobée (environ 500 000 gourdes, soit 10 000 euros). Deux ans auparavant, en octobre 2003, un couple d’expatriés d’Inter Aide, responsable du programme scolaire pour la zone de Chenot, s’était fait braqué chez lui. Ils gardaient dans leur maison tout l’argent des écolages pour les écoles de la zone. L’agression fut très violente. Depuis, la consigne est de ne plus garder « anpil kob » (beaucoup d’argent) chez soi. Sur le programme scolaire, nous l’appliquons !

 

Le fait qu’il n’y ait plus de banque à Pérodin ne facilite pas la vie des gens ici ! Ainsi, chaque mois, membres des comités de gestion des écoles et maîtres doivent s’organiser pour aller chercher à Petite Rivière –à 8 heures de marche de Pérodin, autant de Chenot- l’argent des salaires des enseignants.

 

Il n’y aura sans doute aucune suite à l’agression de Chenot… La justice et la police sont quasi-inexistantes dans les Cahos ; on ne saurait même pas trop vers qui se tourner pour porter plainte… Certains disent qu’une des solutions serait que quelques-uns se rebellent et fassent justice eux-mêmes…

Insolite ou quotidien ? Les coups de feu, dans les Cahos, c’est assez rare finalement.

Mais, la violence y prend également d’autres formes, celui des coups de machettes par exemple. Vendredi matin, 20 octobre, nous avons appris qu’une femme avait été blessée, du côté d’Ingrand, localité voisine de Pérodin. Il s’est avéré qu’un homme avait donné plusieurs coups de machette, dont un sur la nuque, à sa sœur, enceinte. Comme souvent dans ces cas là, très vite tout le monde est au courant et on connaît les détails, plus ou moins romancés de l’affaire. Un homme était très en colère et menaçait de s’en prendre violemment à son père. Son frère, sa mère et sa sœur se sont interposées. Tous ont reçu des coups de machettes. C’est la femme enceinte qui a été le plus atteinte. En fin de matinée vendredi, des gens l’ont descendue sur un brancard jusqu’à l’hôpital de Petite Rivière. Ici, on nous a dit être peu optimistes quant à ses chances d’en réchapper… Le (l’unique ou presque) représentant de la police pour la région de Pérodin a arrêté l’auteur des actes et l’a battu pour non seulement le punir mais aussi « faire sortir le diable de son corps ». Et oui, il y a forcément un « bagay mistik » dans cette histoire ! Notre entourage est formel : il ne pourrait en être autrement car un être normalement constitué ne peut pas s’en prendre ainsi à des individus, qui plus est des membres de sa famille, des gens qui vivent sous son toit. Il est donc victime de quelqu’un qui lui veux du mal et qui, grâce à un « bagay mistik » l’a rendu fou… Le policier a ensuite envoyé le coupable à Petite Rivière, en prison sans doute.

 

Fin de l’histoire, pour le moment… Pour nous, cela restera insolite finalement…

Repost 0
8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 19:27

-Vendredi 6 octobre, 8h10-

Nous quittons la maison de Maréus, à Chenot, pour nous rendre à l'école de Facoune. La « route » (nous on dirait chemin) est particulièrement mauvaise du fait de la saison des pluies et, plus particulièrement, des averses de la veille : boue, roches glissantes, pentes difficiles à escalader, etc. Nous mettons 2h45 pour rejoindre l'école. Nous la visitons, échangeons quelques mots avec les enseignants et nous réunissons avec le comité de gestion de l'école composé de parents d'élèves et de maîtres. Réunion intéressante et assez longue. Dans cette école, le nombre d'élèves inscrits pose problème cette année. En effet, alors que la date officielle des inscriptions est déjà dépassée, il n'y a que 94 élèves contre 292 inscrits l'année dernière. En outre, la construction de trois salles de classes a commencé mais le chantier stagne. Résultat : le ciment entreposé dans l'école durcit... Nous discutons de tous ces points avec le comité. Visite intéressante donc. Ci-dessous deux photos de l'école et quelques autres à la fin de l'article.

Pour le retour, nous avions décidé de rallier directement Pérodin, chez nous, plutôt que de passer à nouveau une après-midi et une nuit à Chenot et rentrer samedi matin comme nous l'avions envisagé au départ. Nous savions que pour aller de Facoune à Pérodin, il fallait passer par l'école de Marouge, sur la zone de Pérodin, mais nous ne connaissions pas la première partie du trajet. Nous imaginions néanmoins que ce serait assez long.


Départ de Facoune à 13h30. Nous déjeunons de deux bananes.



Nous trouvons la route de Marouge sans trop de difficultés. Ça monte et il fait vraiment très chaud... Dur ! Nous marquons une pause pour manger une mangue.

Arrivés à Marouge -il est 15h40-, nous passons devant l'école et redescendons la montagne.




Nous avons déjà fait ce trajet une fois et pensons donc pouvoir le retrouver. Nous savons qu'il nous faudra traverser la rivière ou alors longer son lit.                                                          

 Le soleil s'est caché derrière les nuages, il fait plus frais, la marche est plus agréable.

Il commence à pleuvoir peu après le début de la descente. Au début, c'est léger, ça rafraîchit. Tout va bien...

Quelques minutes plus tard, l’orage gronde. On évite de passer sous les arbres, il pleut fort. On met le téléphone et ma montre à l'abri dans des sacs en plastique dans nos sacs à dos. Ça glisse sur la terre rouge argileuse, on est trempé.

Arrivés en bas, nous traversons la rivière deux fois et, à un croisement, optons pour un chemin qui monte. Nous grimpons donc. Le chemin s'est transformé en ruisseau, nous escaladons plutôt que nous ne marchons. Il pleut toujours. Nous avons bien conscience de nous être trompés mais il nous est difficile de rebrousser chemin. David dit : « Ce serait du suicide de descendre par là où nous sommes montés ! » Il aime bien exagérer un peu...

Un fois en haut, nous scrutons le paysage et, malgré la brume et la pluie, l'impression se confirme : on est pas sur la bonne route ! Nous apercevons une habitation légèrement en contre-bas et décidons d'aller nous renseigner. Ce fut une bonne idée…

Un couple habite là. Le monsieur nous reconnaît, il est bénévole au sein du comité de gestion de l’école de Bois d’Ortie. Nous ne sommes d’ailleurs pas très loin de l’établissement. Monsieur et Madame, surtout Madame, nous déconseillent fortement de repartir : il pleut toujours, nous ne sommes pas habitués à la zone, nous ne saurons pas traverser la rivière qui monte beaucoup par temps de pluie. Nous, on insiste, on veut arriver à Pérodin aujourd’hui et avant la nuit. Nous demandons donc quel est le plus court chemin et nous repartons. Ça descend à présent, nous suivons les indications données précédemment et nous nous retrouvons presque à faire de l’escalade à l’envers tellement la pente est raide ! Monsieur nous a rejoint d’ailleurs, sous la pluie. Sa femme a du lui dire : « Ne les laisse pas partir comme ça surtout ! » Nous avions pourtant décliné l’offre d’accompagnement plusieurs fois… Bref, le voilà parmi nous et… c’est tant mieux ! Nous traversons une première fois : deux pas suffisent pour nous faire enjamber un mini-bras de la rivière. Puis, nous longeons le cours d’eau, suivant notre guide qui nous amène jusqu’à un endroit d'où il sera plus facile de gagner l’autre rive. Il entre dans l’eau pour s’assurer que nous pouvons le suivre et nous le rejoignons. Heureusement qu’il était là finalement, nous n’aurions sans doute pas oser traverser seuls. L’eau nous arrive jusqu’aux fesses, enfin les miennes, toujours. Le courant est fort, nous luttons un peu. Je consulte David pour savoir de combien était la largeur de la rivière : au moins 20m, selon lui. Je doute un peu mais bon, c’était assez large ! Notre guide poursuit sa route jusqu’à un point que nous reconnaissons. Nous remercions chaleureusement et assurons que nous pourrons continuer seuls. Notre « sauveur » s’appelle Sidoine Péticar.

Nous poursuivons donc et savons qu’il nous faudra « enjamber » (comme on dit ici) le cours d’eau une dernière fois, au moins. Nous parvenons à la rivière. Elle est grosse !! David fait deux pas dans l’eau mais cela s’avèrerait trop dangereux de traverser. Nous nous apprêtons donc à attendre que le niveau baisse. La pluie s’étant arrêtée, cela devrait arriver, un jour… Quand un homme surgit ! Il nous a vu de loin, il ne pouvait pas nous laisser comme ça, c’est dangereux, surtout pour des gens étrangers à la région, etc. Et nous revoilà avec un guide qui nous fait longer la rivière jusqu’à un endroit d’où il sera, potentiellement, plus facile de traverser. Arrivés à destination, toujours trempés –il y a belle lurette que nos chaussures font « floc, floc » quand on marche (dixit David)-, le niveau de l’eau est toujours trop haut. On attend donc. De l’autre côté de la rive, sont arrivés un jeune garçon et un monsieur. Ils échangent quelques mots avec notre guide. L’attente dure quinze minutes, vingt peut-être. L’homme, de l’autre côté, dit à notre guide qu’il n’est pas courageux, qu’il n’ose pas se jeter à l’eau… Et puis, après avoir pris soin de retirer ses vêtements et seulement vêtu de son slip, le monsieur traverse finalement et vient à notre rencontre. Le jeune garçon nous rejoint également. Cela n’a pas l’air si compliqué à première vue… Nous comprenons que le monsieur –dont nous découvrons l’anatomie, sous-vêtement trop lâche oblige !- va nous faire traverser… Je me lance la première, mon guide me tient très très fermement la main, il ne la lâchera que de l’autre côté. L’eau arrive jusqu’à mi-torse, le courant est fort, il faut lutter contre, tenter de ne pas trébucher sur le fond pierreux. Je n’aurais pas su traverser toute seule. Le guide repasse de l’autre côté et va chercher David, qui s’inquiète fort pour son sac à dos : s’il est mouillé, le tout nouvel appareil photo numérique qui s’y trouve risquerait de ne pas aimer… J’encourage David et lui dis de ne lâcher la main du guide sous aucun prétexte. C’est dur mais ça passe !

Je me souviens d’une photo de mes parents, prise quelque part en Afrique : ils traversent une rivière, visages concentrés, bien attachés l’un à l’autre. Le niveau de l’eau ne paraît pourtant pas très élevé… Je comprends à présent mieux ce que cela signifie… Même si ce n’est pas profond, l’effort à déployer pour lutter contre le courant d’une rivière et éviter de tomber est loin d’être insignifiant !

David et moi sommes à présent tous les deux sur l’autre rive, il nous faut à présent grimper à Pérodin. De nouveau, ça glisse, on escalade parfois plus qu’on ne marche, etc. Vous connaissez la chanson à présent non ?

La nuit commence à tomber, nous arrivons enfin chez nous ! Maga nous fait la fête, malheureusement Cannelle n’est pas revenue. Il est 19h !

L'appareil photo est intact. Nous chauffons de l'eau sur la gazinière pour nous doucher. Ça fait du bien !

Alors, pensez-vous que le terme de « périple » s’applique à notre journée de vendredi ? A vous de le dire…

Nelly


 

 

Repost 0
David et Nelly - dans Insolite
commenter cet article
18 septembre 2006 1 18 /09 /septembre /2006 17:01

ou pas grand chose mais ça fait peur !

Ce midi, avec une collègue, nous sommes allés manger à « Épi d'or » (pour résumer : grand snack qui serait un croisement entre un Mac Do et une boulangerie française).

En sortant, nous discutions tous les trois devant la porte quand nous avons entendu une détonation et vu des gens se précipiter vers l'entrée d'Épi d'Or. Nous avons fait de même, nous nous sommes rués à l'intérieur et avons cherché à nous abriter. Certains clients se sont d'ailleurs réfugiés sous les tables. Il s'agissait en effet de coups de feu, je crois bien qu'il y en a eu trois. Deux gendarmes des Nations Unies, présents dans le restaurant, ont dégainé leurs armes et sont allés voir ce qui se passait. Le calme était alors revenu, les gens ont commencé à se diriger vers la sortie. Pour plus de sécurité, nous sommes allés demander aux deux gendarmes si nous pouvions sortir sans risque. Ils nous ont répondu qu'il n'y avait pas de problème : c'était le gardien d'à côté (une banque je crois) qui avait tiré en l'air car un attroupement se formait autour de lui. Les gendarmes avaient touché le canon de son fusil qui était chaud, ce qui confirmait les faits selon eux.

Finalement, ce n'était donc pas grand chose mais cela a soulevé une petite panique parmi les personnes présentes, assez nombreuses, peut-être parce que toutes ont eu rapidement conscience que ça aurait pu être pire ?

Pour ma part, c'était la première fois en un an que je faisais de manière aussi proche l'expérience des coups de feu, phénomène assez logique finalement au vu du très grand nombre d'armes présentes dans la rue (sans compter les militaires internationaux et les policiers haïtiens, les vigiles aux portes des supermarchés, les gardiens des maisons, des établissements bancaires, etc. sont tous armés)...

Nelly

Repost 0