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Texte Libre

Bonjour à vous, amis bloggeurs. Voici une porte ouverte sur Haïti, pays dans lequel nous avons vécu et travaillé pendant près de deux ans. Nous habitions à Pérodin, petit village au coeur de la chaîne des montagnes noires, appelée aussi chaîne des Cahos, dans le département de l'Artibonite.

En octobre 2005, nous atterrissions à Port-au-Prince. Nous avions été embauchés par l'association Inter Aide en tant que responsables d'un programme de scolarisation primaire dans une zone "rurale et isolée", selon les termes de l'annonce...

Un an plus tard, revenus dans les mornes haïtiennes et heureux propriétaire d'un appareil photo numérique, nous avions désormais la possibilité de vous faire découvrir en images notre cadre de vie.

C'est ainsi qu'est né le blog.

De nouveau sur le territoire français depuis le mois d'août 2007, nos chemins se sont séparés. Si bien que davantage qu'un blog, cet espace est désormais plus un aperçu d'une tranche de vie.
En espérant que sa visite vous plaise...
26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 20:31

Au cours des dernières semaines, l’évolution de la situation sécuritaire a été contrastée. Toutefois, comme les années précédentes, il faut s’attendre à une recrudescence d’actes délictueux à l’approche des fêtes de fin d’année, recrudescence dont les prémices sont d’ores et déjà perceptibles. L’anticipation de ce phénomène a d’ailleurs conduit les autorités haïtiennes à élaborer un dispositif spécial de sécurité, à l’occasion d’une réunion tenue le 20 novembre avec les élus de la capitale et la Minustah [Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti], et dont les médias ont rendu compte.

 

NB : Des chiffres divers circulent concernant le nombre des enlèvements et assassinats à Port au Prince. Ceux qui sont communiqués ci-après correspondent à des cas avérés. S’agissant des enlèvements, les indications fournies concernent le nombre des personnes enlevées ; on donne parfois le nombre des enlèvements, qui est généralement  inférieur, car il arrive que plusieurs personnes soient enlevées ensemble. 

 

 

ENLEVEMENTS

Entre le 16 et le 25 octobre, quatre de nos compatriotes ont été victimes d’enlèvements. Tous ont été relâchés, mais l’une des femmes enlevées a subi des sévices. 

Alors que le nombre global des enlèvements recensés au cours du mois d’octobre était de 17 -des chiffres inférieurs n’avaient été enregistrés qu’en juin (14) et septembre (14 également), tandis qu’août avait marqué une légère augmentation (26)-, 21 enlèvements ont déjà été signalés entre le 1er et le 18 novembre. Et il semble que le « chiffre noir » des enlèvements non signalés, qui a toujours été élevé (on estime que le nombre réel des enlèvements est double du nombre des enlèvements rapportés), est encore supérieur à ce qu’il était dans la période précédente. Les ravisseurs, en effet, menacent les familles d’exercer, si elles préviennent la police, des violences sur les personnes kidnappées.

Comme cela avait été constaté l’an dernier, les enfants recommencent à être ciblés : ils sont 7 parmi les 21 victimes signalées en novembre (le plus jeune avait 2 ans ½).

 

SECURITE GLOBALE

La partie nord (la plus élevée) de Martissant -qui n’a jamais été pleinement sécurisée- est redevenue dangereuse. Les gangs y auraient regagné en puissance.

Dans Cité Soleil, il est sans doute prématuré de parler de reconstitution des gangs, comme l’on fait certains médias. Cela étant, de petits groupes commencent à ressortir leurs armes (très peu, comme on le sait, ont été récupérées).

Dans le bas de  Port au Prince, à plusieurs reprises en cours du mois d’octobre, de petits groupes armés ont mis à sac une partie de rue ou un pâté de maisons, rançonnant les commerçants. Trois fois au moins, des fusillades ont duré plusieurs minutes. L’intervention des forces de sécurité semble avoir donné un coup d’arrêt , même si des exactions sont toujours signalées, à ce qui était en passe de devenir dans ce quartier une inquiétante dérive.

Enfin, la zone de Pétion-Ville n’est pas épargnée et la prudence reste recommandée aussi bien à domicile que lors des déplacements, même les plus anodins.

 

ASSASSINATS

Le nombre des assassinats a fortement diminué. En effet, depuis qu’en début d’année l’ordre a été rétabli dans les quartiers autrefois dits « de non-droit », on n’enregistre plus guère de meurtres dans ces quartiers (alors que plusieurs fosses communes découvertes cet été commencent à donner une idée du nombre des meurtres qui y étaient perpétrés durant les deux années précédentes).

Mais le nombre des assassinats recensés (ceux qui avaient lieu dans les zones de non droit ne pouvaient pas l’être) demeure constant (soit 90 à 100 par mois pour Port au Prince, un nombre  annuel comparable à celui que l’on recense sur l’ensemble du territoire français).

 

 

CONCLUSION

Les interventions de la Minustah entre décembre 2006 et mars 2007 ont mis fin à une forme spécifique d’insécurité, qui procédait de l’histoire récente d’Haïti. Ces interventions ont permis une très forte amélioration de la situation sécuritaire.

Les faits exposés ci-dessus montrent toutefois que cette amélioration reste très fragile. 

L’insécurité qui subsiste est désormais comparable, en intensité, à celle qui prévaut dans la plupart des pays de la Caraïbes (étant entendu que la région est l’une des régions du monde où les problèmes de sécurité sont les plus marqués) et dans de nombreux pays d’Amérique latine.

 

Cette insécurité, conséquence d’une situation sociale marquée par une très grande pauvreté, produit d’une société qui a perdu ses repères (absence de normes), rendue possible par la faiblesse des structures étatiques, ne reculera que très progressivement, au fur et à mesure que : 

·  le redémarrage de l’économie haïtienne sera suffisamment affirmé pour créer des emplois et générer des ressources alternatives à celles qu’offrent les trafics en tout genre et la criminalité.

·  les forces répressives (police, justice) se renforceront et se professionnaliseront. 

En conséquence, l’ambassade vous invite une nouvelle fois à suivre les recommandations en matière de sécurité contenues dans la brochure qu’elle a diffusée il y a quelques mois par voie électronique (pour celles et ceux qui ne l’aurait pas reçue, une copie peut être obtenue sur simple demande par messagerie).

 

 

Ambassade de France en Haïti - 51, rue Capois - PORT-AU-PRINCE

Téléphone :  (509) 222  09 51 / 52 / 53

Télécopie : (509) 223 56 75

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 19:41

13 septembre 2007. Il y a un an, nous repartions pour Haïti…

 

Et voilà, c'est fini. A l’issue de presque deux ans passés là-bas, notre mission s'est achevée. Après une visite au siège d'Inter Aide, à Versailles –occasion d'intéressants bilans-, j'ai signé le solde de tout compte, mettant fin au contrat. L'expérience en Haïti ne fut pas toujours facile, parfois difficile, assez souvent agréable, le plus souvent enrichissante. Que dire de plus ? Aujourd’hui, je ne vois pas trop…

Nous voici donc de retour en France, de nouveau à la recherche d’un emploi. La Bretagne ou Paris ? La France ou l'étranger ? Autant de questions auxquelles il nous faudra répondre dans les semaines qui viennent. Pour l’instant, les offres d’emploi que nous trouvons concernent quasi-exclusivement des postes en région parisienne.

Mais croyons que "rien n'est fini, tout commence" :) !

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 19:06
"Swivi lakay" : un des volets du programme santé développé par Inter Aide dans les Cahos. Il s'adresse aux enfants qui souffrent de mal-nutrition et à leur famille.
Tous les mardis matins, sous la tonnelle du bureau à Pérodin, enfants et parents se réunissent pour une matinée de sensibilisation et de suivi des plus jeunes.

La séance est orchestrée par Estélus, coordonnateur de l'action (sur la photo ci-contre, il est accompagné de Carole, auxiliaire). Il commence par faire l'appel.

Puis, suit la prière -rituel respecté pour toute réunion- et la présentation des intervenants.
Les sujets abordés la semaine précédente sont rappelés. Cette fois-là : une fille de 14, 15 ou 16 ans ne doit pas tomber enceinte, une femme de 35 ans passés ne doit plus avoir d'enfants : la grossesse la fatiguerait trop, elle risquerait de perdre trop de sang.

Puis, le thème du jour est présenté : l'importance de la vaccination. Pour informer sur le sujet, la méthode utilisée se base sur une chanson que, tous, nous devons apprendre. On répète d'abord les paroles sans chanter :
" Mene timoun yo ale prann vaksen
Kont maladi kap fè anpil ravaj
Mene timoun yo ale prann vaksen
San pèdi tan pou yo pa mouri. "

(Allez faire vacciner les enfants / Contre les maladies qui peuvent faire beaucoup de mal / Allez faire vacciner les enfants / Ne perdez pas de temps pour qu'ils ne meurent pas.)
La chanson est composée de cinq paragraphes, par exemple : Certains adultes font preuve de négligence / Lorsqu'un enfant est malade / Ils ne le conduisent pas chez le médecin / Ils ne le font pas vacciner, ils le laissent mourir. Ou encore : Il y a des vaccins contre le tétanos / Il y a des vaccins contre la rougeole / Il faut que nous nous fassions vacciner contre ces maladies / Pour ne pas dire que c'est le diable qui va nous manger.

Le  coordonnateur explique les paroles de la chanson et comment se transmettent les maladies. Il précise : la coqueluche s'appelle ainsi car l'enfant atteint fait le bruit du coq ; pour éviter d'attraper le tétanos lors d'un accouchement, la matrone doit trancher le cordon ombilical avec une lame de rasoir propre, neuve.
L'animateur fait parler les parents, pose des questions. Certains suivent et répondent.

Ensuite, commence la pesée des enfants.
Il y a, ce jour-là, une trentaine d'adultes -dont sept hommes- tous accompagnés d'un bébé, et d'autres jeunes.




Pour la pesée, chaque petit est "enfilé" dans une sorte de grosse culotte bleue, avec une anse qui est accrochée à une balance, elle-même fixée à une poutre. L'animateur santé fait l'appel, la pesée se fait dans le calme. Néanmoins, quelques-uns n'apprécient guère l'exercice !




12,1 kilos ; 7,2 ; 6,3 ; 9,6 ; 5,7 ; 6,8 ; 11,5 ; 9,2 ; 8,6...

A ma gauche, un jeune garçon. Quel âge peut-il avoir ? 7 ans ? 10 ans ? Je lui pose la question, il ne sait pas. Dans ses bras, une petite fille dort. Ses bras et ses jambes sont très maigres.

Certains enfants, non encore suivis par le programme ou qui ne sont pas venus depuis longtemps sont aussi mesurés :


Ce ne sont pas toujours les parents qui accompagnent les plus petits. Parfois, c'est un grand frère ou une grande soeur qui est présent au rendez-vous du "swivi lakay" et qui s'occupe de tout.



 

L'animateur appelle un enfant. Le parent présente une carte, sur laquelle se trouve notamment une courbe de poids. Le coordonnateur note le poids et compare avec celui de la semaine précédente : "Il n'a pas grossi depuis la semaine dernière, vous ne lui donnez pas à manger ? " Il se renseigne sur l'état de santé du bébé : "Est-il malade ? Avez-vous des médicaments ? "...

Les informations recueillies, poids et tailles des enfants, sont consignées dans le "Chemin de la santé" (chemen lasante).

 

A la fin de la matinée, les parents quittent la tonnelle et vont voir Djéril (au premier plan sur la photo ci-dessous) qui leur donne le "colis" auquel ils ont droit chaque semaine :

  • - 1 "kola" (bouteille de soda vide) d'huile,
  • - 3 godets d'alkamil = maïs et pois moulus,
  • - 1/2 godet de krikri, petits poissons séchés.

Je crois que je m'attendais à voir des enfants encore plus amagris. Certains ne sont pas bien épais quand même ! Et puis, d'autres ont les cheveux "rouges", roux, symptôme de la malnutrition. Autre signe : le fait qu'ils soient, d'une manière générale, si calmes, si placides...


En fin de séance, l'un des parents présent rapporte une histoire : un prédicateur protestant condamne le "planin" (autrement dit les modes de contraception et le contrôle des naissances) lors de son prêche dominicain. Il affirme que le "planin, c'est pêché !" Le coodonnateur santé se fâche et s'oppose à ce type de discours qui peut avoir beaucoup d'effets sur les fidèles et être ainsi la cause de nombreuses naissances rapprochées. Il précise qu'il est lui-même protestant, que miss Carole aussi !


Mano, Isa, chers responsables du programme santé, n'hésitez pas à compléter, corriger, réagir...

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 15:12

Il y a une vingtaine d’années, lorsque Inter Aide a débuté son action dans les Cahos, elle s’est appuyée sur des écoles presbytérales déjà existantes, et ce sur la demande des prêtres locaux. Parmi les écoles communautaires soutenues par OKPK et Inter Aide, certaines sont construites sur des terres appartenant l’Église. Quelquefois, ce n’est pas très clair puisque, comme à Plassac, l’école jouxte l’église. Mais les actes de propriété sont là pour rappeler le bon droit de chacun.

Or, cette année, le père C. a décidé de son propre chef de « reprendre » l’une des meilleures écoles soutenues par OKPK, celle de Plassac. Ce n’est pas son premier coup d’éclat puisqu’il a déjà mis la main sur l’école de Savane à Roches il y a deux ans. Celle-ci était construite sur une terre de l’Église. Il a donc brandi le droit de la terre, décrétant ainsi que tout ce qui était édifié sur cette terre appartenait à l’Église. Malgré les promesses du père, le comité s’est fait éconduire une fois la passation terminée. Les écolages (somme que doit verser chaque enfant en début d’année) ont doublé, voire triplé. Les parents ont du racheter les livres qui appartenaient à l’école. C’est donc aujourd’hui une kay pè, une école du père, qui fonctionne bien, mais reste élitiste puisque chère.

Pour en revenir à Plassac, le prêtre veut donc s’approprier l’école et il l’a annoncé lors de son prêche dominical. Mais les choses ne sont pas si simples. Une partie des bâtiments se trouve sur une terre appartenant à la communauté, qui a l’acte de propriété en main. Mais ce n’est pas un problème pour cet homme d’église : il est arrivé par un beau dimanche d’avril, accompagné de policiers en civil –mais armés– pour annoncer qu’il reprendrait l’école à compter du mois de septembre. Et ce fut acté. La communauté est divisée. D’un côté, nous avons les gens du comité de l’église, qui veulent que l’école soit sous l’égide du père. Même s’ils n’y ont pas d’enfants, ils ont suffisamment d’influence pour légitimer leur choix. De l’autre, nous avons le comité de l’école, représentant de la communauté. Celle-ci est à forte majorité protestante. Mais, elle reconnaît quand même l’autorité du père, catholique, ou plutôt, devrais je dire qu’elle la craint. Et entre les deux sont les maîtres, qui sont relativement partagés. Le curé leur promet de gros salaires, ce qui fait pencher la balance de son côté.

Si l’école devient presbytérale, les écolages seront de 500 gourdes par élève, quelque soit la classe (aujourd’hui, ils sont compris entre 300 et 800 gourdes). Les parents devront acheter en plus les livres et les uniformes. L’école deviendra alors élitiste et desservira le but que s’était donné Inter Aide, c’est à dire scolariser le plus grand nombre d’élèves possible dans la zone. De plus, qu’ils soient maîtres, élèves ou parents, qu’ils soient protestants ou catholiques, tous devront fréquenter l’église un à deux dimanche par mois, sous peine d’expulsion de l’école.

Mais, me direz-vous, comment est-il possible de prendre une terre qui ne nous appartient pas ? Nous sommes en Haïti et l’Église, ou du moins ce qu’elle représente ici, a énormément de poids sur les communautés. Qu’elles soient protestantes, catholiques, vaudouïsantes, Dieu est présent partout en permanence. Les prêtres ont autant de poids que le clergé en France à une certaine époque. Cela peut être perturbant, surtout pour ceux qui auraient des prédispositions mégalomanes. Donc, annoncer que l’on s’empare d’un bien tout en sachant qu’il ne nous appartient pas montre l’autoritarisme non contesté et non contestable de l’Église dans cette zone.

Nous avons rencontré le comité de l’école vers la mi-mai. Il est présidé par Duchange, un homme qui n’a pas l’habitude de se laisser marcher sur les pieds. Certains disent que c’est un ancien Tonton Macoute. Nous leur avons conseillé d’organiser une réunion de parents afin de voir dans un premier temps quel était l’avis de la communauté. Mais aussi de contacter des journalistes, d’envoyer un courrier à l’évêché de Gonaïves, de faire une émission de radio… bref, de diffuser le plus largement possible l’information. Mais porter plainte n’est venu à l’esprit de personne. Comme si on ne pouvait pas décemment s’attaquer à un homme aussi influent. Comme si le combat était perdu d’avance. Se bon dye ki vle…Toujours ce fatalisme haïtien ?! Pourtant, avant-hier, en réunion d’équipe, nous en avons discuté et les animateurs disaient que, s’il y a plainte de déposée, elle pourrait aboutir puisque les membres du comité possèdent l’acte de propriété. L’avenir de l’école est entre les mains de la communauté, mais il faut qu’ils se dépêchent car le père C. a déjà commencé à clôturer l’enceinte de l’école…

Mais pourquoi OKPK n’intervient-il pas, me direz-vous ? Parce que c’est l’école de la communauté, qu’elle ne nous appartient pas et que nous ne devons pas nous immiscer dans des conflits d’intérêts. Si la communauté ne se bat pas pour garder son bien, c’est qu’elle n’a pas la motivation nécessaire pour avoir son école… Je vous tiendrai informé de la suite des événements.

Je ne voudrai pas pour autant diaboliser l’action de l’Église en Haïti. Les écoles presbytérales sont très souvent d’un bon niveau et donc assez réputées. Ici, le problème est humain : un homme d’Église s’approprie illégalement un bien communautaire dans un but purement lucratif. Mais beaucoup de prêtres font un travail fantastique auprès des communautés. Tous ne deviennent pas, comme Aristide, des dictateurs…

J’ai un autre exemple de prêtre un peu mégalo qui a fait parler de lui dernièrement. Le père L. pratique à Médor, petite bourgade perdue dans les mornes, et y a dernièrement fait bâtir une cathédrale. Celle-ci, comme vous ne le voyez pas sur la photo ci-dessous, est immense! Elle a nécessité une énergie, une somme d’argent, une quantité de matériel qui peuvent paraître démesurés comparés aux moyens de la population. Nous avons entendu dire que, lorsqu’un fidèle arrivait à l’église le dimanche sans porter une roche pour l’édification de la cathédrale, le père lui donnait des coups de bâton et le renvoyait chercher la roche. Mais la population est fière de voir un tel édifice dans le village. Cela montre aux autres ce qu’ils sont capables de faire, malgré les difficultés d’accès. Pour moi, avec mon regard d’occidental et d’athée, je trouve difficile d’admettre qu’un homme puisse utiliser de tels moyens juste pour laisser une trace de son passage sur Terre. C’est utiliser la foi des plus défavorisés pour alimenter son prestige. Les croyances sont parfois des trompe-l’œil qui servent à cacher la cupidité et la soif de pouvoir de certains hommes, qui, même s’ils sont prêtres, n’en restent pas moins humains…

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 23:01

Mercredi, en allant visiter une école dans le Bas-Cahos, nous nous arrêtons pour prendre en roue libre (en stop) deux de nos voisins de Bel Air. Il sont descendus à Petite Rivière de l’Artibonite, LA ville du coin, à quelques six heures de marche, pour acheter des garnitures pour un cercueil. L’un d’entre eux a déjà assemblé les planches, à la demande d’une famille dont l’un des siens est très malade. « L’ap mouri » (il va mourir). Moi, naïve : « Mais peut-être ne va-t-il pas mourir ? » Eux, sûrs d’eux, comme on déclame une évidence : « Il va mourir ».

Le même jour, alors que nous grimpions une pente raide pour nous rendre à l’école de Grand Rac, l’animateur communautaire qui nous accompagnait nous invitait à la prudence. Par chez lui, la veille, quelqu’un est tombé : son pied a roulé sur une roche, il a dévalé la pente, sa tête s’est fendue, il est mort.

En remontant la piste le surlendemain, vendredi, nous « donnons une roue libre » à quatre femmes. Je connais assez bien Cléane, l’une d’entre elles, elle enseigne à l’école de Veillon et était graduée du centre d’application couture l’année dernière, classe dont j’étais la marraine générale. (Elle a d’ailleurs gardé l’habitude de m’appeler « marraine ».) Je fais remarquer à David que nous sommes vendredi, jour d’école donc, et qu’une enseignante est dans notre voiture au lieu d’être en classe… Nous discutons avec Cléane, elle nous apprend qu’elle est descendue pour les funérailles de sa tante.

Il y a une quinzaine de jours, un gros orage a éclaté à Bois Carré, à côté de là où nous stationnons la voiture, soit à une heure de marche de Pérodin. Deux femmes ont été frappées par la foudre alors qu’elles revenaient du marché et sont décédées. Il s’agissait de deux belles-sœurs, habitant la même cour. L’une laisse un enfant, l’autre cinq. Dans les Cahos, on a beaucoup parlé de ces morts, accidentelles, justement parce qu’elles le sont. Comme me le faisait remarquer Élor, lorsque quelqu’un est couché, malade, on s’attend à son décès. Quand les gens ne sont pas souffrants, leur disparition est plus difficile à expliquer, à accepter.

L’espérance de vie en Haïti est de 50 ans environ. Toutes les semaines, quelqu’un de notre entourage perd un proche. Aujourd’hui, on nous a annoncé le décès du père d’Athéus, animateur communautaire avec lequel nous travaillons. Il arrive que les gens meurent de vieillesse, le père d’Athéus aurait eu plus de 90 ans paraît-il. Mais, ce n’est vraiment pas le cas le plus courant...

La vie en Haïti, dans les Cahos, c’est aussi, pour nous, apprendre à côtoyer la mort de manière quasi-quotidienne.

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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 21:39

En allant à Chenot (une de nos zones d’intervention) l’autre jour, je croisai une colonne d’enfants portant des roches sur la tête. « Pourquoi, pour qui le font-ils ? ». Ils me répondirent qu’ils portaient pour le père de la paroisse qui souhaite bâtir des salles supplémentaires dans son école et que chaque élève devait amener dix roches pour avoir le droit de composer aux examens de fin d’année qui se dérouleront dans une dizaine de jours. J’enregistrai l’information… Un peu plus loin, sur le chemin argileux encore tout glissant des pluies de la veille, je rencontrai d’autres enfants avec, cette fois, des bokits (récipients) remplis de sable sur la tête. Je les interrogeai et ils m’apprirent, eux-aussi, qu’ils devaient acheminer dix bokits de sable chacun s’ils voulaient pouvoir participer aux prochains contrôles.

Si je comprends la mesure, j’ai quelques difficultés à cautionner... Mais, elle n’est pas exceptionnelle. Comme dans bien d’autres endroits au monde, le travail des enfants est la norme dans les mornes haïtiennes. Ils participent aux travaux de la maison, vont chercher de l’eau à la source ou la rivière, vendent sur les marchés, sarclent le pois dans les champs, préparent les repas, etc., avant et/ou après l’école, le matin et le soir, ou encore à la place de l’école…

Dans les écoles soutenues par OKPK (l’association haïtienne auprès de laquelle nous sommes détachés par Inter Aide), nous exigeons également un « apport local valorisé » avant de commencer l’édification d’un bâtiment. Mais, nous ne contraignons pas les enfants. Enfin, pas directement… Dans le contrat que nous passons avec les écoles, le comité de gestion de l’établissement, composé d’enseignants et de parents d’élèves bénévoles, s’engage à apporter sur le terrain le sable, l’eau et les roches nécessaires à toute construction. Une fois les matériaux sur place, OKPK livre le ciment, les barres de fer, les planches, les tôles, les clous, etc. Le comité s’organise pour que la communauté participe à ce dur labeur. Les lieux d’extraction des roches et/ou les rivières sont parfois loin de l’école et les pentes des mornes sont, le plus souvent, bien raides. Il arrive que les comités demandent aussi aux écoliers de participer. La responsabilité du travail des enfants est donc, quelque part, transférée ?

« L’apport local valorisé » ne représente qu’une partie du travail demandé à la communauté pour l’érection de salles de classe. Il s’agit ensuite de porter les matériaux de construction jusqu’au chantier. Si les véhicules parviennent à la porte de quelques-unes des écoles soutenues, pour la plupart, la piste carrossable s’arrête à plusieurs heures de marche, jusqu’à cinq ou six heures. Il arrive que les gens utilisent des mules ; mais, le plus souvent, c’est à tête d’hommes et de femmes que se fait le transport des tôles, barres de fer et autres. Et, un sac de ciment pèse 42,5 kilos ! Pour ce travail, OKPK rémunère les porteurs en fonction de la distance à parcourir.

La réalisation de bâtiments durables a été initiée par Inter Aide et OKPK il y a quelques années pour remplacer les traditionnelles tonnelles aux poteaux en bois, couvertes de paille ou de tôles, ou  les bâtiments en terre, voire même pour doter l'école, jusqu'à lors hébergée dans l'église de la localité, de locaux. Ce projet représente une plus-value non négligeable pour la qualité de l’éducation. Les élèves sont ainsi à l’abri de la pluie et du vent ; les cloisons entre les classes limitent quelque peu la cacophonie. Et puis, ces chantiers sont souhaités, demandés, désirés. Il semblerait en effet que l’existence d’une « belle école » favorise nettement son appropriation par la communauté et encourage les parents à scolariser leurs enfants. Les écoles sont, avec les églises, bien souvent les seuls locaux en ciment d’un village. Ainsi, tous les ans, nombreux sont les comités de gestion des écoles qui déposent un projet de construction auprès d’OKPK. Tellement que, faute de moyens logistiques, humains et financiers suffisants, nous ne sommes pas en mesure de soutenir chaque année tous les projets déposés. Et puis, d'une part il nous semble important de fixer des limites et, d'autre part, nous ne pouvons engager de construction que si le comité de gestion de l’école se montre motivé, dynamique et sérieux, ce qui n'est pas toujours le cas.

Les constructions en dur ont donc un coût ! En outre, elles ne semblent pas toujours aussi durables qu’on le voudrait –David, responsable des chantiers, vous en parlerait sûrement mieux-, du fait en particulier de la mauvaise qualité du sable apporté, très souvent mêlé de terre qui empêche le ciment de bien « tenir », et des compétences souvent insuffisantes des « boss » (artisans qui travaillent sur les chantiers). Néanmoins, cela semble souvent valoir le coup, voyez le résultat :

 

École de Grand Rac (Gran Rak), au moment de la récréation.


Celle-ci accueille, en 2006-2007, 194 élèves de la classe de pré-scolaire (maternelle) à la 5ème année fondamentale (équivalent du CM1 en France).

 

 

 

 

École de Haussé (Ose).


Quatre des cinq classes se réunissent dans le bâtiment en dur ; les élèves de 4ème année suivent les cours sous la tonnelle couverte de "paille", à gauche sur la photo.
Comme dans la plupart des écoles, le drapeau haïtien, levé chaque matin, flotte dans la cour.

 

École de Bien-Placé (Byen Plase),
vue d'en haut.


Un bâtiment est actuellement en construction, à gauche du premier. En attendant qu'il soit terminé, les classes qui ne trouvent place entre quatre murs se réunissent sous la tonnelle (qui est aussi l'église) derrière l'école.

Salle de l'école d'Ingrand (Engran).


Une tonnelle est en train d'être murée, il y aura ainsi trois nouvelles salles de classe. L'école dispose déjà d'un vieux bâtiment de quatre salles.

 

École de Granfond (Granfon).


Aujourd'hui, la tonnelle, au premier plan, n'existe plus : le comité l'a démontée car elle menaçait de s'écrouler. Les deux autres salles, en bois, sont en mauvais état (trous dans les murs, dans les tôles, etc.).

École de Michaud (Micho).


Pour l'instant, cette école n'est composée que d'une tonnelle, sans séparation entre les salles de classe.

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1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 16:58
Nous recevons régulièrement des "messages de sécurité" en provenance de l'Ambassade de France en Haïti, nous informant du "contexte sécuritaire" dans le pays. Pour vous donner une idée, nous reproduisons ci-dessous, la dernière lettre reçue à ce sujet. Le ton et les propos sont propres à l'Ambassade mais, on dirait bien que ça va "pa pi mal" !

En matière de sécurité, le premier trimestre 2007 a marqué un tournant : une volonté politique affirmée des autorités nationales comme de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti), l’efficacité accrue de la MINUSTAH (grâce à de nouveaux modes opératoires) et l’accroissement des effectifs de la PNH (Police nationale d’Haïti) ont permis d’obtenir à Port au Prince une amélioration très nette. Dans les provinces, qui n’ont jamais connu la situation qui prévalait dans la capitale, la sécurité est globalement assurée, même si des foyers de tension existent.

 

Port au Prince

A Port-au-Prince, les opérations menées depuis fin décembre dans les quartiers qui étaient devenus des zones de non droit ont permis de disperser la plupart des gangs importants. Parmi la dizaine de chefs de gangs les plus dangereux, sept ont été successivement arrêtés : Ti Kouto et son adjoint Ti Pouchon, Belony et son adjoint Cadet, Ti Blanc, Bled Nasson, Willio Jeune, frère et complice de Ti Kouto. Au total, la MINUSTAH estime à plus de 700 le nombre des membres de bandes armées arrêtés depuis le début de l’année, d’autres ont fui en province. A Cité Soleil comme à Martissant [quartiers de la capitale], la vie reprend : les marchandes de rues ont fait leur réapparition, les marchés revivent, les taps-taps (sortes de taxis collectifs) traversent à nouveau ces quartiers, la MINUSTAH et la police ont progressivement mis en place un maillage d’implantations fixes et patrouillent dans les artères principales. Les premières réimplantations de services publics et réhabilitations de bâtiments publics  interviendront dans les prochaines semaines.

Une baisse très notable du nombre des enlèvements est constatée depuis début mars. Le nombre avait été de 634 (52,8 par mois) en 2005 et de 498 (soit 40,6 par mois) en 2006. Il a été de 27 en janvier, 25 en février, 24 en mars, 12 en avril et 16 en mai.

Il est également à noter que, pour la première fois depuis qu’a commencé, en 2004, la vague d’enlèvements qui a semé l’insécurité à Port au Prince, six auteurs de rapts ont, depuis le début de l’année, été condamnés et frappés de lourdes peines (perpétuité).

Le nombre des assassinats recensés, en revanche, demeure préoccupant. Il a sans nul doute diminué très fortement dans les quartiers qui étaient devenus des zones de non droit et dans lesquels la sécurité est progressivement rétablie, même si cette amélioration ne se traduit pas dans les statistiques, parce que la plupart de ces assassinats n’était pas enregistrée. Pour ce qui est des assassinats recensés, on en dénombre toujours -malgré des variations assez fortes selon les périodes- au moins 3 par jour à Port au Prince, soit un nombre comparable, pour cette ville de 2,5 millions d’habitants, au nombre d’assassinats commis sur l’ensemble du territoire français.

On constate par ailleurs que le nombre des enlèvements accompagnés de violences augmente, et même que certaines personnes kidnappées sont désormais assassinées malgré le versement par leurs proches de la « rançon » exigée.

 

La province

Dans la plupart des autres régions, le calme est assuré. La fuite de nombreux gangsters dans de petites villes ou dans les campagnes ne s’est pas traduite, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, par une aggravation perceptible de l’insécurité ; dans les provinces, en effet, le contrôle social joue et les gangsters sont rapidement repérés. C’est ainsi que Ti Kouto, Ti Bouchon, Belony et Cadet ont été arrêtés, grâce à des informations communiquées par la population, après avoir fui Cité Soleil.

Cependant, des incidents sont signalés et des foyers de tension subsistent dans certaines villes, en particulier aux Gonaives [dans le département de l’Artibonite, pas très loin de chez nous]. Dans cette ville, Wilford Ferdinand, dit Ti Will, chef de l’un des deux gangs qui se déchirent depuis plusieurs années, semant à l’occasion l’affolement ou faisant même régner temporairement la terreur dans la population de leurs quartiers, a été arrêté fin mai ; les semaines qui viennent permettront de vérifier si cette arrestation entraîne une diminution durable de l’insécurité à Gonaives.

Il convient, enfin, de garder à l’esprit que le nombre des armes en circulation reste important, en province comme dans la capitale.

 

Conclusion

Les assassinats spectaculaires de personnalités reconnues et unanimement respectées qui ont été perpétrés ces dernières semaines à Port au Prince (l’architecte Nadine Hyppolite-William, l’acteur François Latour) et à Gonaives (le journaliste Alix Joseph) ne doivent pas occulter l’évolution favorable enregistrée ces derniers mois, qui marque un véritable changement.

D’un autre côté, les violences persistantes invitent à considérer que l’accentuation de l’amélioration constatée n’est pas assurée et même que, probablement, l’insécurité risque de se stabiliser à un niveau proche du niveau actuel, au demeurant tout à fait habituel dans la région et, plus généralement, dans les pays connaissant un stade de développement comparable.

Un niveau de sécurité comparable à celui que connaissent les pays européens ne pourra être atteint que progressivement, à mesure que les effectifs de la police augmenteront (on compte actuellement en Haïti, pour une population équivalente, environ quarante fois moins de policiers que dans la ville de New York), que son équipement s’améliorera, que la justice se professionnalisera et que la corruption sera éliminée de ces deux institutions.

L’Ambassade

 

 

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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 21:53


D'abord, préparer la potion : des feuilles d'hibiscus, quelques grains de sel, un peu d'huile, trois ou quatre gouttes de clairin (alcool de canne à sucre).


Le docteur, en boit aussi –pour se donner du courage peut-être ?- et en verse un peu à terre, afin de s'assurer de la protection de Dieu, pendant l'opération !

 

Il s'agit ensuite de masser ma cheville qui demeure enflée depuis l'entorse du mois dernier.

Le docteur masse, avec savoir-faire et application, murmure quelques prières, approche sa bouche tout près de mon pied, malaxe jusqu'à mi-cuisse...




Quelques petits tours de mains sur la cheville valide également, histoire qu'elle ne soit pas jalouse et que ce ne soit pas elle qui récupère le mal de sa voisine !

Pour finir, le praticien noue plusieurs fois une petite liane (neuf nœuds je crois) et l’attache autour de ma cheville avec, pour consigne, de la conserver jusqu’au lendemain après-midi.

Résultat : une dizaine de jour après le traitement, ma cheville est encore un peu enflée… Peut-être devrais-je rappeler le docteur feuilles ?


Peut-être devrais-je également présenter le monsieur à ma grand-mère, elle qui panse le feu grâce à des bourgeons de chêne ? Sans doute échangeraient-ils des recettes...
Mémé, qu’en penses-tu ?

 

 

 

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9 avril 2007 1 09 /04 /avril /2007 17:36

...et je te dirai qui tu es ? Non, ce n’est pas vraiment ça…

...et tu seras millionnaire ? Non, pas exactement non plus…

...et je gagnerai à la borlette ! Et oui !

Fanny raconte : Madame Laurent a rêvé de deux filles massissi (homosexuelles), bouches et « affaires » collées, dansant. Elle a joué 66, la boule massissi, et a gagné le premier lot : 100 gourdes1 pour seulement deux gourdes jouées.

Il s’agit de la « borlette » (bòlèt), ou loterie, sport national en Haïti !

Et, comme pour tout jeu ou sport, les règles sont précises.

Les numéros vont de 1 à 99, il y a les boules paires, composées de deux chiffres identiques (11, 22, 33, etc.) et les autres. Ces dernières ont toutes un « revers ». Par exemple : 26 et 62, 18 et 81. Si vous jouez une boule, vous jouez automatiquement, en même temps, le revers. Par exemple, si vous avez 10 gourdes, vous en miser 5 sur 26 et autant sur 62, ou alors vous mettez les 10 gourdes sur une boule paire.
Pour 10 gourdes jouées, vous obtenez 500 gourdes si vous « faites le 1er lot » (si c’est la première boule à sortir lors du tirage), 200 pour le 2ème lot et 100 pour le 3ème lot.

 

 

 Les habitants du Haut-Cahos ont la possibilité de jouer à deux borlettes : celle du Bingo du Nord, dont les résultats sont donnés sur radio Vénus, de 13h30 à 13h35, et celle de New York, écoutée sur la station Nirvana à 18h45 et, si on a loupé le tirage, sur Vision 2000 à 21h. Les rêves faits en début de nuit vous serviront pour la borlette de New York. Comme on a « dormi dessus », on ne peut pas les jouer à la loterie du matin. Evidemment ! Logique donc que les rêves de fin de nuit, ceux de 3-4 heures du matin, soient pour Bingo du Nord...

Vient ensuite l’interprétation des rêves, non pas pour mieux se connaître mais pour savoir à coup sûr quels numéros jouer. En voici quelques exemples, dans l’ordre dans lequel ils m’ont été confiés :

    • · Si on rêve d’une femme en vie alors qu’elle est décédée : jouez 08, si elle vous parle : 33, s’il s’agit d’un homme : 10, 47 et 88.
    • · Si on rêve d’un gros chien : 59. Fanny illustre son propos de preuves : elle a rêvé qu’elle jouait avec Maga (notre chienne), elle a joué 59 pour 3 gourdes et en a gagné 150. Normal ! Pour un gros chien, on peut aussi jouer 57. 

Attention, à chaque fois, il s’agit de jouer une boule et son revers, il ne peut en être autrement. Mais, pour chaque rêve, c’est un seul numéro qui correspond, pas la paire. 

Suite de l'exposé :

    • · Si on rêve d’un chien et de ses petits : 12 et 15 ; d’un chat : 14.
    • · Si Fanny voit une femme qu’elle connaît, haïtienne, en rêve, c’est le 05 et/ou le 22 qui sortiront ; s’il s’agit d’un homme : 26 et 19.
    • · Si on est couché sur un lit : 44 ou 45.
    • · Si on rêve de relations sexuelles, il y a plusieurs numéros. Je vous traduis le créole de manière littérale pour le plaisir des images : si je rêve que la clé est dans la boîte, il faut jouer 62 mais aussi 10 pour la clé de David et 03 pour ma boîte… Tout un programme ;-) !
    • · Si des sorciers (bokò) ou des esprits (loa) vaudous apparaissent en songe, si des gens chantent et dansent pour un loa, il faut jouer le 37.
    • · On allume la radio et/ou la radio émet : 34.
    • · On traverse un cours d’eau claire : 17 ; si l’eau est sale, si on rêve d’une grosse rivière ou de la mer : 69.
    • · On se lave les cheveux, on se les peigne : 38.
    • · On court : 35 ; on est assis, on mange : 58 et 56.
    • · On voit des roches ou on en assemble : 25.
    • · Si on rêve d’œufs de poule, il faut jouer 06.
    • · Une voiture : 02 et 90.
    • · Si on rêve que quelqu’un meurt alors qu’il est encore en vie : 02.
    • · Un téléphone : 07.
    • · Quelque chose qui nous fait de la peine, qui donne du souci : 08.
    • · On rêve que l’on accouche : 34 ; 13 si c’est une fille, 12 pour un garçon.
    • · Si on se brosse les dents ou qu’on a mal aux dents : 23.
    • · Si Fanny rêve d’une fille, d’une femme blanche, elle jouera 03 (tiens, comme pour la boîte ;-)), d’un Blanc : 46.
    • · Un gros serpent : 39.
    • · Un gros arbre : 98, un petit bout de bois : 24.
    • · Du feu : 26.
    • · Des cerises de café rouges, mûres, sur pied : 27 ; du café sec : 68.
    • · Une bagarre : 78.
    • · Un étranger à la zone vient chez moi : 11 et 78.
    • · Un bœuf : 16, 67 et 96.
    • · Des bijoux : 25.

Il commence à se faire tard, Fanny doit rentrer… Sinon, elle pourrait continuer à me raconter les chiffres encore et encore. Mais vous en savez peut-être assez ?

Fanny est contente car Toto a acheté un livre… Elle en a déjà un mais tout n’y est pas. Parfois, elle rêve et ne sait pas quelles boules jouer. Avec le nouveau livre, plus gros et plus complet, elle saura à présent ! Fanny ne sait pas lire et à peine écrire son nom et, en plus, le livre est en français. Mais ce n’est pas grave, elle trouvera toujours quelqu’un à qui demander.

1 La gourde est la monnaie haitienne, 1 euro = 50 gourdes environ, 1 dollar = 40 gourdes environ.

 


 

Parce que oui, il y a bel et bien des ouvrages pour ça ! Par exemple :

Le bréviaire des joueurs de loteries, dixième édition revue et augmentée, préparée par ACM, tous droits réservés, Haïti : 1978, 224 pages.

Ce bréviaire (sic) commence par un « Avertissement ». Je vous le recopie, ça vaut le détour :

« Il n’est pas donné à tout le monde de réussir dans la vie. Entre la réussite dans la vie et la chance au jeu, il y a une grande différence : tous ceux qui pratiquent le jeux de hasard ont une époque de chance et ils n’ignorent pas ces périodes. Fort de ce principe, nous sommes entrés en communication avec des savants étrangers qui sont des maîtres en Astrologie, Chiromancie. Après leur approbation et suivant leurs conseils, nous avons résolu de vous présenter ce petit livre qui est le fruit d’un dur labeur scientifique et d’une minutieuse méditation. Les précisions et les précautions dont nous nous sommes entourés nous font penser chers lecteurs que chacun trouvera sa part. Nous avons fait de notre mieux pour satisfaire les joueurs les plus difficiles. Aussi avons-nous compris qu’il fallait donner aux joueurs le maximum de garantie dans le choix des numéros de chacun des mots. Pour éliminer les recherches inutiles, nous avons classé rigoureusement les mots dans l’ordre alphabétique.
Ce n’est pas un bouquin embarrassant, vous pouvez le porter chers lecteurs et lectrices dans votre poche ou sac à main. Il est loin d’être un tchalas comme on dit dans le langage vulgaire ; c’est plus que cela : un vrai bréviaire écrit pour jouer uniquement à la Loterie, que nous vous présentons.

Consultez-le autant de fois que vous le désirez et la chance vous sourira. Choisissez vos numéros Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs et faites vos jeux. »

C’est signé « A.C.M. », j’ai cherché, nulle part dans le livre je n’ai trouvé la signification du sigle…

Suivent des listes de « nombres marchand par trois, par quatre, par cinq », des tableaux, des conseils aux joueurs (« Après avoir rêvé et dès votre réveil, repassez votre mémoire fidèlement pour chercher à distinguer la chose qui vous a le plus frappé en rêvant. »), la liste des 28 demeures de la lune, la succession des décans et des années (« des naissances favorisées par la chance pure »), les heures favorables : fastes et néfastes selon les jours de la semaine –je ne vous le cache pas, certains propos demeurent plus qu’obscurs pour moi-, et puis, 200 pages contenant chacune 32 mots et les numéros qui leur sont associés !

Ainsi, au hasard : vous avez rêvé de hannetons, et bien il vous faudra jouer le numéro 21, de choucroute (je ne savais pas que c’était connu en Haïti ça ;-)), numéros : 9 et 12 ; de poker : 04 et 44, d’hémorroïdes : 78.
Pour certaines « notions », c’est plus compliqué. Si vous rêvez d’agrafesoui d’agrafes- vous jouerez les 27, 31, 13 et/ou 82. Mais, si vous rêvez que vous trouvez des agrafes, il vous faudra miser sur les 21 et 30, si vous les vendez : 43, si vous les achetez : 73. Pas si simple…
Autre exemple : si Dieu vous apparaît en songe : 81, 47, 00, 33 ; « le prier ou recevoir sa bénédiction » : 04 et 31 ; « vouloir pénétrer son mystère » (sic) : 85 ; « le voir face à face » (re-sic) : 05 et 62 ; « lui parler » : 90 ; « s’il vous tend les bras » : 68 et 92.

La question de savoir si ça marche ou pas ne se pose pas, c’est une évidence ! Une autre preuve ? Fanny a rêvé qu’elle faisait l’amour avec un loa (esprit vaudou) l’autre jour, elle a demandé à la jeune fille qui vit avec elle de jouer pour 15 gourdes (pas plus, elle n’avait pas d’argent et l’a fait en cachette de son mari) et elle a fait 1er lot. Évidemment…

Et ça ne fonctionne pas qu’avec ses propres rêves. Ceux des autres peuvent également faire l’affaire ! Très régulièrement, Fanny nous demande de quoi nous avons rêvé et joue les numéros correspondants. Il arrive même que l’on ait une « bonne tête » comme elle dit ! Que ça marche donc…

Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais en Inde, quel numéro dois-je jouer ?

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29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 18:34

Ce midi : Lasagnes au thon

 

Pourquoi du thon en boîte ? Parce que nous n’achetons pas de viande sur le marché de Pérodin : nous ne la trouvons pas bonne et nous ne pouvons pas en vérifier la provenance. Or il y a, dans les Cahos, des cas de peste porcine, de maladie du charbon –qui touche les bœufs-, de maladie de Newcastle –chez les poulets- et sans doute bien d’autres virus ou microbes peu ragoûtants !

 

Bref, lasagnes au thon donc !

 

Je les ai trouvées bonnes. David affirme que celles de Pierre sont bien meilleures (moi aussi en fait)… Du coup, il envisage de faire un stage « Lasagnes », rue des Favorites, dans le 15ème, l’été prochain ! Mais, reste-t-il de la place ?

 

 

En dessert : jus de corossol avec des galettes bretonnes (les stocks ont été renfloués via les parents, en République dominicaine). C’était bon !

 

Le corossol est fruit à la peau verte, un peu cabossée, de la taille d’un melon ; la chair est blanche et contient de grosses graines noires. Pour nous, la meilleure façon de le manger reste le jus : à la fois doux, sucré et un peu acide. Vous pouvez l’accompagner d’un petit peu de lait et vous obtenez un yaourt ! Enfin presque…

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